Le jeu trouble d'Amnesty International en Haïti (2007)

Nous reproduisons sous ce titre un texte paru en 2007 et manifestement supprimé/censuré par les services US de Google; L’adresse est actuellement indisponible (http://www.haitiprogres.com/2007/sm070530/pdf/actu.pdf).

D. Vives Simorra

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Dans son Rapport 2007 sur la situation des droits humains en Haïti publié le mercredi 23 mai à Londres en Angleterre, l’organisation internationale de défense des droits humains, Amnesty International, se montre « très préoccupée » par l’aggravation du climat d’impunité et la poursuite de l’activité des bandes armées qui continuent de faire des victimes dans le rang de la population. « La violence armée est demeurée à un niveau très élevé pendant toute l’année dans la capitale, où des groupes armés illégaux ont perpétré des meurtres et des enlèvements. Des affrontements sporadiques ont eu lieu cette année encore entre les forces de sécurité – notamment la force de maintien de la paix de l’Onu – et les groupes armés. Des fonctionnaires de Police soupçonnés d’activités criminelles et de violations des droits humains n’ont pas été traduits en justice. Les femmes étaient toujours victimes de violence domestique. Des centaines de personnes restaient détenues sans inculpation ni jugement », a déploré le rapport qui met également en exergue l’incapacité du gouvernement haïtien à satisfaire les droits économiques et sociaux du peuple haïtien. « Le gouvernement ne parvenait toujours pas à garantir les droits économiques, sociaux et culturels de la population et 60% des 8,5 millions d’Haïtiens vivaient avec moins d’un dollar par jour. La situation humanitaire était par ailleurs marquée par une grave pénurie alimentaire, des difficultés d’accès à l’eau potable et le taux de contamination par le VIH/Sida le plus élevé de la région. L’émigration et le trafic d’êtres humains vers la République dominicaine se sont poursuivis. Les autorités haïtiennes n’assuraient pas de contrôle effectif aux frontières. Les travailleurs migrants renvoyés en Haïti ne pouvaient compter sur aucune aide de la part du gouvernement», se contente de dénoncer cette organisation qui, comme beaucoup d’autres, s’enlise dans une fâcheuse tradition de production de rapports superficiels destinés outre mesure à fustiger les gouvernements sans toutefois toucher véritablement la plaie du doigt, se limitant de préférence à faire les quatre volontés de l’impérialisme.

Au fait, pourquoi Amnesty International ne prend-il pas le temps de critiquer les politiques économiques anti-nationales imposées au pays par les institutions internationales de financement comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, suite auxquelles nous sommes contraints d’alimenter annuellement un service de la dette à hauteur de plus de 40 millions de dollars. Pourtant, Amnesty International ne daigne pas dire le moindre mot à propos de la décision adoptée par les autorités suisses de restituer à l’ancien dictateur Jean-Claude Duvalier les fortes sommes d’argent qu’il avait détourné du Trésor public haïtien.

Le rapport d’Amnesty International met d’un autre côté l’accent sur le grave danger que représente la prolifération des armes légères sur la situation des droits humains en Haïti, en mettant notamment l’emphase sur la violence faite aux femmes. « La prolifération des armes légères a continué d’alimenter la violence armée et de permettre des atteintes aux droits humains. Lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le gouvernement a soutenu la proposition en vue de l’élaboration d’un traité international sur le commerce des armes…Cette année encore, des femmes, des jeunes filles et des fillettes ont été torturées, violées ou tuées par des groupes armés illégaux et des particuliers». Toutefois, l’organisation internationale de défense des droits humains dit reconnaître, comme pour souffler le chaud et le froid, que l’avènement au pouvoir du président René Garcia Préval aurait permis au pays de retrouver une certaine stabilité politique. « Des élections présidentielles, législatives et locales se sont tenues en février et en décembre en Haïti, marquant le retour de la démocratie. La sécurité, la justice et le respect des droits humains ont un peu progressé, dans un contexte caractérisé par deux années d’exercice d’un gouvernement intérimaire et la présence des Nations unies depuis 2004», a souligné Amnesty International qui peine cependant à rappeler le rôle moteur qu’avaient joué certaines grandes puissances, comme les Etats-Unis, la France et le Canada, dans le processus de déstabilisation du pays dans la période 2000-2004 durant le règne du président Jean-Bertrand Aristide.

Amnesty International a préféré en outre passé sous silence, à travers ce rapport, l’occupation militaire honteuse imposée au pays jusqu’à se féliciter par contre de l’engagement de la ‘communauté internationale’ à appuyer le pays. « Toujours préoccupée par la situation humanitaire, la communauté internationale a poursuivi ses efforts en vue d’améliorer la sécurité, la capacité d’action du gouvernement et la situation économique de millions d’Haïtiens».

Somme toute, il ne sert absolument à rien de combattre le feu, si on ne cherche pas d’abord à maîtriser sa source. Un rapport sur la situation des droits humains qui ne prend pas la peine de relater les politiques désastreuses imposées aux ‘petits’ pays par l’impérialisme, est donc condamné à être superflu et partisan. Amnesty International a préféré en outre passé sous silence, à travers ce rapport, l’occupation militaire honteuse imposée au pays

Categories Démocratie et lutte des classes

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