D. Vives Simorra. Le « golpe » en Bolivie. La Bête immonde est de retour

I . Introduction

Avec le récent coup d’état en Bolivie, l’impérialisme pense avoir remporté un succès qui viendrait compenser ses récents échecs au Mexique avec l’élection de Manuel López Obrador et en Argentine avec celle d’Alberto Fernández et de sa vice-présidente Cristina Fernández de Kirchner ; échecs aggravés par la pression des puissantes mobilisations populaires en Équateur, en Colombie et au Chili malgré de sanglantes répressions.

L’empire croit avoir interrompu un processus révolutionnaire en Amérique Latine qui est loin d’être achevé et qui devra à n’en pas douter, dans un avenir plus ou moins prochain, aller jusqu’à une socialisation encore accrue, voire totale, des grands moyens de production et qui, sous la direction de partis représentant les intérêts du prolétariat latino-américain ouvrira la voie vers une libération définitive du cauchemar impérialiste.

1 . Evo Morales : un bilan

En Bolivie, le bilan économique d’Evo Morales est très loin d’être négatif et ne peut servir d’explication au golpe, c‑à‑d. au coup d’état d’octobre 2019. Déjà, dès son entrée en fonction en 2006, Evo Morales s’attaque aux privatisations qu’avaient réalisées les gouvernements précédents. Sous sa présidence, au détriment des entreprises étrangères, on nationalise de nombreuses ressources. Les secteurs énergétiques et stratégiques sont pour une large part dé-privatisés. Le 1er mai 2006, l’état plurinational prend le contrôle de toute la chaîne des hydrocarbures par le décret suprême 2871 “Heroes of the Chaco”. Les conditions d’exploitation des hydrocarbures, gaz et pétrole, qui appartenait, entre autres, à Total, Shell, Enron…, sont renégociées et ces compagnies doivent céder à la puissance publique une part considérable de leurs actions et ne conservent qu’un rôle minoritaire. L’entreprise publique YPFB (Gisements Pétrolifères Fiscaux Boliviens – Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos) qui en résulte est transformée en société pour diriger la nationalisation de l’industrie pétrolière. Pour la renforcer, la Compagnie bolivienne d’industrialisation des hydrocarbures (EBIH) est créée.

Des nationalisations ou des procédures similaires sont appliquées à l’entreprise bolivienne métallurgique de fonderie Vinto en 2006 et à la distribution de l’eau avec la création d’un Ministère spécifiquement consacré à cette tâche, au détriment des compagnies privées qui avaient été à l’origine de la “guerre de l’eau” en 2000 lorsque les  citoyens de Cochabamba se révoltèrent contre la privatisation de leurs rares ressources en eau et contre les hausses vertigineuse des tarifs.

Le secteur des mines lui aussi est repris par l’État plurinational qui déprivatise la même année la compagnie minière bolivienne Huanuni. En 2012, c’est le tour du géant minier suisse Glencore. En 2008, le secteur privé alimenté par des capitaux boliviens ou étrangers perd tout contrôle sur les télécommunications en 2008 (Entel S.A. Empresa Nacional de Telecomunicaciones Bolivia).

Celui de l’électricité n’est pas non plus été négligé. En 2102, quatre multinationales espagnoles sont expropriées : Electricidad de La Paz (Electropaz), Luz y Fuerza de Oruro (ELFEO S.A.), Compañía Administradora de Empresas Bolivia S.A. (CADEB) y Empresa de Servicios (Edeser). Ces mesures étaient complétées par le retour en mai 2010 à l’état plurinational bolivien des générateurs électriques Corani, Guaracachi y Valle Hermoso et de l’entreprise Luz y Fuerza de Cochabamba (Elfec), détenus par des capitaux français (GDF Suez), britanniques (Rurelec) et boliviens. Il en a été de même, pour la multinationale Sabsa, elle aussi espagnole, qui possédait les aéroports de La Paz, Cochabamba, Santa Cruz de la Sierra. En particulier, Evo Morales a été le premier président bolivien à inclure des redevances pétrolières de 11 % dans la constitution politique de l’État, afin qu’elles ne soient plus jamais éliminées de la législation (article 368 de la nouvelle Constitution de 2009). En 2013, la participation de l’État dans l’économie nationale atteignait les 35%.

Ce sont ces nationalisations des ressources stratégiques de la nation qui ont permis de lancer une politique de redistribution des recettes de l’état, de financer de très importants programmes sociaux. Le taux d’analphabétisme qui était de 13% en 2005 est descendu à 4% en 2008. L’éducation est devenue gratuite pour l’ensemble de la population. L’accès à l’eau potable à bas prix, voire gratuite, a été assuré pour la masse des travailleurs et des petits paysans avec une couverture de 85% pour l’ensemble de la population. Le budget de la santé a été augmenté de 173%. La rougeole, la rubéole et d’autres infections graves ont pratiquement disparu. La mortalité infantile a été divisée par deux. La sous-nutrition infantile a baissé de 14%, selon l’OMS.  C’est encore cette politique qui a permis de tripler le salaire minimum (augmenté de 13% dès 2006). Sous les mandats successifs d’Evo Morales, le montant des pensions des retraites a été plusieurs fois réévalué à la hausse. Quant au chômage, il était en 2016 le plus faible d’Amérique du Sud (4,1% de la population active). De plus, le pays a connu une croissance inédite. Le PIB est passé de de 9 milliards de dollars à plus de 40 milliards. Les réserves de change sont en hausse. L’inflation est restée  sous contrôle. Le taux de croissance était de 6,5 % en 2013. Les travailleurs ont vu leur salaire réel augmenter. De 59,9 % en 2005, le taux de pauvreté était descendu à 36,4 % fin 2017 (l’extrême pauvreté passant de 38 % à 15 %, soit une baisse de 23 points). Sur les questions dites sociétales, l’État plurinational a instauré une politique progressiste très audacieuse. Les femmes ont acquis une place majeure dans la conduite des affaires du pays : 52% à l’Assemblée nationale et 47% au Sénat. Une loi de 2016 a permis aux transgenres de recourir à l’état civil pour changer de  nom et de sexe, qu’il y ait eu une opération chirurgicale ou non[1].

«l’alliance de l’ouvrier, du paysan, de l’Indien et de la classe moyenne urbaine […en redonnant] l’estime de soi à tout un secteur de la population. Il y a eu cette sensation que la discrimination était terminée, que des possibilités nouvelles s’offraient à tout le monde, peu importe le groupe social ou ethnique »[2].

Comme l’écrit Claude Le Gouill, chercheur associé au Centre de Recherche et de Documentation sur l’Amérique Latine, ce sont ces réalisations économiques qui ont fourni la base qui a permis à Evo Morales de réaliser

Un tel bilan était insupportable pour l’impérialisme occidental et ses “couvertures humanitaires”, telles que l’USAID qui fut expulsé de Bolivie en 2013 ainsi que l’avait déjà été l’ambassadeur des États-Unis Philip Goldberg le 10 septembre 2008. La Bolivie d’Evo Morales était un très mauvais exemple. Un effet domino risquait de s’étendre à d’autres pays d’Amérique Latine. Incapable de modifier légalement cet état de choses, Washington, après une minutieuse préparation pour mobiliser la bourgeoisie et une partie de la classe moyenne boliviennes contre Evo Morales, a finalement  eu recours à un golpe classique, c.­à­d. à un violent coup d’état à l’occasion des élections d’octobre 2019.

Le coup de force est maintenant avéré, contrairement à tous ceux qui, complices, tentent de le minimiser en utilisant des euphémismes, des circonlocutions, des formulations alambiquées – « gouvernement de transition pour pacifier le pays » « régime autoritaire de droite »…–, certains allant même jusqu’à donner quitus aux fascistes qui se sont emparés du pouvoir par la force en parlant d’un « printemps bolivien »[3].

2 .La victoire d’Evo Morales aux élections d’octobre 2019 et le coup d’état

La période pré-électorale laissait présager que les groupes d’extrême-droite ferait tout pour recourir à une extrême violence pour anéantir l’État Plurinational d’Evo Morales. Dès le 12 septembre 2019, emmenés par les milieux fascisants du département oriental de Santa Cruz, des jeunes issus de l’élite “blanche” avaient attaqué à coups de pierres et de bâtons le siège du MAS (Movimiento al Socialismo) : le mouvement socio-politique qui soutient Evo Morales depuis sa création en 1997. Devant les installations du parti, prises d’assaut et saccagées, la foule des jeunes bourgeois hurlaient des cris racistes : 

« Plus de « collas » [insulte pour désigner les indigènes des hauts plateaux andins], nous allons faire sortir tous les Indiens de merde de Bolivie, nous allons faire sortir tous les « collas » de merde du pays » [4]

Le climat de terreur atteignit son climax lorsqu’eurent lieu les élections. Dès les premiers résultats, des “comités civiques” formés de politiciens corrompus, à la solde des USA, de nervis fascistes et de puissants hommes d’affaire organisèrent depuis Santa Cruz de la Sierra, des émeutes qui se sont étendus à d’autres départements. Avec des armes diverses, allant des gros bâtons aux révolvers et aux fusils, ils réussirent à entrainer avec eux des franges non négligeables de la classe moyenne de l’est du pays et jusque sur les hauts plateaux andins qui ont toujours été des bastions pro-Morales (La Paz ou plus encore El Alto, une ville proche)[5].

Dès les élections du 20 octobre 2019, lorsque furent connus les premiers résultats indiquant qu’Evo Morales, le président sortant, prenait l’avantage et serait sans doute élu au premier tour, ces groupes factieux parcoururent les rues des grandes villes boliviennes en s’en prenant aussi bien aux partisans d’Evo Morales qu’aux citoyens d’origine indigène, quechuas et aymaras. Ils furent rejoints par des groupes en uniforme, des paramilitaires et des mercenaires qui commirent toutes sortes d’exactions. La police nationale a laissé faire. Prétextant la demande d’une augmentation de salaire, elle est restée dans ses casernes.

Il s’en est suivi, malgré la victoire électorale incontestable d’Evo Morales, une chasse à l’homme pour traquer les dirigeants, les ministres ou les simples fonctionnaires du Mouvement vers le socialisme. Menacés de mort, plusieurs ont été contraints de démissionner. Leurs familles ont subi  des vengeances. Plusieurs de leurs proches furent frappés. Leurs domiciles ont été incendiés de même que les sièges des organisations paysannes et indigènes restées fidèles au président légitimement élu. On a frappé des indigènes jusqu’au sang. Le costume traditionnel  porté par des femmes aymaras ou quechuas (la jupe pollera et le chapeau melon) donnèrent lieu à plusieurs agressions racistes. Les fascistes ont systématiquement humiliés les partisans d’Evo Morales. Des femmes ont été dénudées, abreuvées de crachats. On s’est acharné à brûler le wiphala, le drapeau aux sept couleurs des peuples originaires de Bolivie et on a obligé ceux qui le portaient à baiser, en signe de soumission, des bibles transportées par des éléments paramilitaires fondamentalistes.

Le coup d’état a été définitivement scellé lorsque l’armée, largement infiltrée par des gradés d’extrême droite formés aux États-Unis[6], a exigé la démission d’Evo Morales et de son vice-président Alvaro García Linera. Pour éviter le bain de sang dont on le menaçait lui et ses partisans (militants de gauche, syndicalistes, populations indigènes), Evo Morales et son gouvernement ont préféré démissionner.

3. Une junte fasciste

Immédiatement, les fascistes boliviens ont propulsé Jeannine Áñez, en tant que « présidente » autoproclamée de la Bolivie. Cette richissime “avocate” appartient à la caste la plus extrême droitière des racistes blancs du département de Santa Cruz d et d’autres régions du sud est Bolivien, parmi lesquels nombre de descendants des conquérants espagnols du 16ème siècle. Rappelons que c’est ce milieu socio-politique santacruceñista qui accueillit après 1945 les criminels de guerre oustachis de Croatie après la Seconde Guerre mondiale. C’est encore là que la CIA, dans les années 1950-1960, trouva un asile confortable pour Klaus Barbie qui n’eut aucune peine à s’employer comme conseiller en techniques de tortures et de chasse aux opposants auprès de l’armée bolivienne.

Áñez et ses mentors, comme le milliardaire Luis Fernando Camacho, affichent ouvertement une nostalgie pour le franquisme espagnol auquel se mêle un activisme fondamentaliste “chrétien”, made in usa, qui n’est pas sans rappeler le rôle joué par les sectes évangélistes – os evangélicos – dans l’élection de l’infâme Jair Bolsonaro au Brésil , après avoir été déjà l’un des piliers qui ont permis de faire régner la terreur durant la dictature de Pinochet.

S’étant emparés du siège du gouvernement, les putschistes ont exclu toute référence à la Pachamama (la déesse de la Terre-Mère révérée par les peuples originaires) et se sont livrés à la comédie du jurement sur la Bible dans un décorum qui n’a rien à envier aux funestes serments au drapeau (jura de la bandera) de l’époque franquiste en Espagne. Les usurpateurs jouent également la carte de la « mano dura » (la main dure) en écartant tout retour d’Evo Morales. Ils lui dénient le droit de se présenter à de nouvelles élections et, par surcroît, ils ont proclamé leur désir de l’emprisonner arbitrairement, dans des conditions qui mettraient certainement sa vie en péril.

La junte fasciste-raciste a multiplié et continue à multiplier les arrestations de militants de gauche, d’ex-fonctionnaires des gouvernements d’Evo Morales, de journalistes indépendants, de jeunes qui se servent de l’internet pour exprimant leur volonté de s’opposer à la dictature santacruceñista. Il en va de même pour nombre de représentants des peuples originaires (Aymaras, quechuas). Les putschistes n’hésitent pas à autoriser la police et les forces armées à user d’armes à feu qui, à la date du 2 janvier 2020 avaient déjà causé la mort de plus de 35 personnes. Plus de 832 personnes ont été blessés pour s’être opposées au coup de force. On compte 1500 arrestations arbitraires, dont 109 sont encore maintenues en dehors de toute légalité juridique.

On déplore deux massacres de masse : le 15 novembre, à Sacaba, dans le département de Cochabamba, pendant une marche de cultivateurs de coca (12 morts) et quatre jours plus tard à la raffinerie de Senkata dans la ville de El Alto (14 morts). Lorsque les proches des militants assassinés à El Alto ont voulu transporter jusqu’aux cimetières les cercueils de leurs martyrs, ils ont dû les abandonner dans les rues sous les tirs des fascistes[7].

Il est à redouter que ce bilan doive être révisé à la hausse d’ici quelque temps, même si aujourd’hui la junte semble avoir provisoirement renoncé aux violentes agressions et aux assassinats impunis sous la pression internationale. Une crainte confirmée lorsque, pour donner un vernis juridique à leur politique meurtrière, Áñez et la junte ont émis le décret suprême 4078 du 15 novembre 2008 qui accorde une totale impunité aux forces armées (le “décret de la Mort”).

En politique internationale le premier geste de la Junte a été de rétablir les relations avec les États-Unis. Ce qui implique un feu vert donné au retour en Bolivie des agences expertes en ingérences de toutes sortes (USAID, IRI, NDI etc.). Dans la foulée elle a annoncé que, désormais, tous les projets de coopération internationale avec la Bolivie passeront par le filtre des États-Unis. Elle est également au mieux avec Jair Bolsonaro. Elle prévoit enfin le rétablissement des relations diplomatiques avec Israël que dirige le criminel de guerre Netanyahu – rompues en décembre 2008, après les attaques barbares de l’armée israélienne contre la bande de Gaza où des centaines de Palestiniens ont été massacrés. Madame Áñez et ses ministres ont émis le souhait qu’Israel leur envoie des “spécialistes” dans la lutte contre le “terrorisme” qui viendraient leur faciliter l’arrestation des militants d’extrême gauche et les conseilleur dans les techniques pour le faire “parler”…

À l’opposé, les fascistes boliviens ont décidé que tous les diplomates du Venezuela et de Cuba étaient désormais personae non gratae et que la Bolivie n’aurait plus aucune relation avec ces deux pays. Rupture encore avec l’Union des Nations Sud-Américaines (Unión de Naciones Suramericanas, UNASUR), avec Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América , ALBA). La junte s’apprête à se retirer de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (Comunidad de Estados Latinoamericanos y Caribeños, CELAC)[8].

D’autre part, le gouvernement de facto de Jeanine Áñez exerce des harcèlements constants contre les ambassades ayant donné asile à des militants masistes qui craignaient pour leur vie. Les diplomates mexicains ont particulièrement été visés et l’ambassadrice María Teresa Mercado a été sommée de quitter la Bolivie. Pour faire bonne mesure, des diplomates espagnols ont été également expulsés, avec des mesures de rétorsions similaires du côté du gouvernement de Pedro Sánchez. La tension n’a fait que croître entre les fascistes boliviens et l’Espagne, principalement avec le mouvement Podemos de Pablo Iglesias pourtant souvent très tiède dans son soutien aux gouvernements progressistes d’Amérique Latine[9]

On traque aussi, le contraire eut été étonnant, les ressortissants et coopérants cubains, vénézuéliens, nicaraguayens, au mépris de toutes les conventions internationales. Les fascistes pourchassent et arrêtent même plusieurs des membres de la mission de coopération médicale cubaine en Bolivie. Ils exigent l’expulsion des 725 citoyens cubains qui travaillaient dans le pays en conformité avec des programmes de coopération signés entre le gouvernement d’Evo Morales et La Havane.

4.    L’extrémisme fasciste chez les ministres de la junte de madame Áñez. Deux exemples : Arturo Murillo et Roxana Lizárraga

Arturo Murillo, nommé ministre par Jeanine Áñez, représente au sein de la junte le clan le plus extrémiste et le plus inféodé aux États-Unis. Patron de plusieurs hôtels, amoureux de luxueuses voitures et motos de course, il s’est octroyé des fonctions qui en font une sorte de ministre de l’intérieur, ayant tout pouvoir pour organiser la répression, contrôler la censure, diriger le service pénitentiaire. Il empiète même sur questions internationales qui, au sein de la junte, sont du ressort Karen Longaric, la Ministre des Affaires étrangères de Jeanine Áñez.

Rival du fondamentaliste raciste Luis Fernando Camacho, l’homme fort qui dirige les hommes de main des Comités Civiques de Santa Cruz de la Sierra, Arturo Murillo a lancé en grande pompe, le 18 décembre, un “mandat d’arrêt” contre Evo Morales pour “sédition, financement d’actions terroristes et complicité avec des narcotrafiquants“, et demandé à son égard une « peine maximale » (!). La haine d’Arturo Murillo à l’encontre d’Evo Morales est à l’égal de celle qu’il éprouve envers Juan Ramon Quintana – ancien ambassadeur de Bolivie à Cuba et Ministre de la Présidence jusqu’au coup d’état –  qui s’était réfugié à l’ambassade du Mexique. De là, l’origine du conflit diplomatique avec ce pays. C’est encore lui qui attise les braises de la dissension avec l’Espagne en accusant le parti Podemos de soutenir un narco trafic organisé par les partisans d’Evo Morales, sans évidemment n’apporter d’autres preuves tangibles que celles totalement factices concoctées par les services secrets US qui n’ont jamais digéré que Morales – ancien chef d’un syndicat de cultivateurs de coca – ait expulsé l’ambassadeur américain Phil Goldberg et la Drug Enforcement Administration en 2008, lequel prenait prétexte d’une lutte contre les “narcos”– jamais vraiment entamée –  pour s’immiscer effrontément dans la politique intérieure de la Bolivie.

D’où la prétention mégalomane de Murillo de convoquer à La Paz Pablo Iglesias, José Luis Zapatero et l’ancien juge Baltazar Garzón pour y rendre des comptes dans le nouveau cadre juridique instauré par la junte !

Ce prétentieux et dangereux personnage s’en prend également à la presse indépendante qui s’écarterait de la ligne tracée par les médias que la junte contrôle. Pour cette tâche, il est épaulé par la nouvelle ministre des communications, Roxana Lizárraga : une ex-star “people” des radios et télévisions de Santa Cruz (une activité qui ne pouvait manquer !) qui, avant le golpe, s’était déjà spécialisée dans la dénonciation sans preuves de scandales au sein du MAS.

Roxana Lizárraga est une militante avouée des organisations fascistes de Santa Cruz. Elle est très proche de Carlos Sánchez Berzain, un ancien ministre de Gonzalo Sánchez de Lozada – ce dernier s’est échappé à Miami pour éviter un procès pour les plus de 50 morts dont il est responsable lors de la “guerre du gaz” en 2003. Il finance et conseille aujourd’hui les putschistes.

Roxana Lizárraga  se décrit sur son profil Twitter comme une « avocate » (?) et surtout comme une « journaliste […], guerrière de la démocratie et de la liberté d’expression »[10]. Un comble quand on apprend que dès le 15 novembre elle crachait son venin sur les « journalistes ou pseudo-journalistes qui font de la sédition » en leur promettant de sévères condamnations. Des journalistes étrangers, notamment seraient à l’origine de ce que Lizárraga nomme la “sédition”. Armée de sa  lampe-torche de policière, elle prévient qu’ils sont « identifiés »[11]. Le jour même où Roxana Lizárraga faisait ses déclarations pour museler une presse qui chercherait un peu trop à s’informer sur les personnes assassinées, blessées ou emprisonnées par les paramilitaires de la junte et par les milices des comités civiques de Santa Cruz, un groupe de journalistes des chaînes argentines Telefe, Crónica, A24 et Todo Noticias (TN) a été insulté et menacé de mort dans les rues de La Paz. Les reporters assaillis jusque dans leur hôtel, recevant des jets de pierre, durent faire appel à leur ambassade pour les exfiltrer et s’y réfugier.

La junte a peur de la vérité qui mettrait au grand jour sa barbarie. Maïté Pinero, ex correspondante de l’Humanité à La Havane, témoigne  encore : 

« Deux jours après le coup d’État, le nouveau ministre du Gouvernement, Arturo Murillo, et sa ministre des Communications annonçaient que les journalistes “séditieux” seraient arrêtés, leur nom publié. Le jour même, tous les journalistes et techniciens argentins étaient agressés par. Ils étaient contraints de se regrouper, puis de se réfugier à l’hôtel, avant d’être exfiltrés par leur ambassade. Telesur a pu émettre pendant quelques jours, ses reporters sur le terrain (Marco Teruggi et Willy Morales), multipliant les précautions, parlant de “gouvernement de facto”, tandis que, dans les studios, le présentateur évoquait clairement “le coup d’État ” La chaîne a informé sur les massacres à Cochabamba puis à Senkata. Après les derniers reportages, celui à l’hôpital d’El Alto, où l’on entend des cris de douleur, où l’on voit des cadavres, où un médecin désespéré, Aiver Guarana, arrêté depuis, pleure devant la caméra, les transmissions ont été coupées. À Senkata, en direct de la tuerie, un journaliste latino-américain se désolait : “Nous sommes deux. Où est la presse internationale ?” Il filmait le massacre. Depuis, il se cache parmi la population d’El Alto. De nouveaux “journalistes” sont apparus. Ils portent des masques et des casques estampillés “prensa”. Sur une vidéo, ils agressent un étudiant en cinéma et documentaire, qui leur lance : “Je fais le travail que la presse ne fait pas !” Les prétendus “journalistes” le désignent aux policiers, qui l’arrêtent aussitôt »[12].

En cette fin janvier 2020, près de 600 fonctionnaires de l’ancienne administration antérieure au coup d’état sont menacés de procès suivis d’emprisonnements. Les attaques se multiplient contre les paysans cocaleros (qui cultivent la feuille de coca ; voir note infra), et leurs syndicats. La junte a saisi le matériel de leur radio, Kausachun Coca.

II. Pour une analyse critique tenant compte des conditions objectives

Dans ces conditions, les militants authentiquement communistes, anti-impérialistes et progressistes hésiteront à jouer les donneurs de leçons armés de férules sectaires pour dispenser les bons et les mauvais points.

Il n’en demeure pas moins qu’une analyse critique à l’égard de l’expérience révolutionnaire bolivienne est toujours possible et même souhaitable.

1 . Révolution et collectivisation en Bolivie. Les conditions objectives et les obstacles.

Il est indéniable que l’État Plurinational d’Evo Morales a laissé subsister un secteur capitaliste, certes réduit, mais qui a su miner de l’intérieur et avec l’appui de des USA et de leurs satellites anglo-saxons et européens les bases de ce début de collectivisation. Certains regrettent qu’Evo Morales n’ait pas « collectivisé les moyens de production […], que l’économie bolivienne ne fut pas socialiste, mais est restée capitaliste […que] des changements structurels [n’aient pas] été apportés », ce qui n’a pas permis à la Bolivie de se renforcer face aux prétentions impérialistes »[13].

Il n’est pas douteux qu’Evo Morales a commis dans ce domaine, comme dans d’autres, des erreurs. Mais à regarder les conditions objectives, économiques et politiques, dans lesquelles il est arrivé au pouvoir, on peut se demander s’il pouvait les éviter. En 2006, lorsqu’il entame son premier mandat obtenu par les urnes, la Bolivie ne dispose pas d’un parti révolutionnaire comparable au parti bolchevique russe de 1917, ni aux forces politico-militaires qui permirent la victoire de la révolution cubaine en 1959.

Surtout, l’histoire enseigne qu’aucune révolution n’a réussi à vaincre radicalement le capitalisme sans une solide infrastructure militaire : régiments aguerris de mitrailleurs et prise du pouvoir par les comités de soldats lors de la révolution d’octobre 1917 ; victoire du communisme en Chine grâce en grande partie à L’Armée Populaire de Libération de Mao Tsé-Toung ; force armée redoutable de la guerilla castriste contre la dictature de Batista ; renversement, bien que partiel, de l’ordre ancien au Venezuela grâce aux parachutistes d’Hugo Chávez et aux cadres subalternes de l’armée, etc.

La Bolivie disposait-elle de forces armées comparables en 2006 ? À l’évidence non.

L’armée et la police bolivienne n’ont à aucun moment manifesté une quelconque intention de se rebeller contre l’oligarchie bolivienne et leurs mentors états-uniens. Le coup d’état d’octobre est là pour le prouver. Les classes moyennes dont la croissance a suivi les incontestables réussites économiques des gouvernements d’Evo Morales ont en partie fait le jeu des fascistes, comme si elles voulaient faire oublier leurs origines prolétariennes par une pratique d’“évitement” (Christophe Guilluy)[14] qui a pris un tour violemment contre-révolutionnaire.

Le Parti Communiste Bolivien aurait pu jouer en ce domaine un rôle crucial. Mais la trahison en 1967 de plusieurs des dirigeants (Mario Monje, Jorge Kolle, …) qui retirèrent leur soutien logistique à la guérilla de l’ELN (Ejército de Liberación Nacional), contribuant à son échec et à la mort du Commandante Che Guevara, l’a déconsidéré auprès des masses, bien que la base du parti ait généralement eut sur le terrain un comportement héroïque dans les rangs mêmes de l’ELN. Depuis, malgré des autocritiques, en dépit du dévouement de rares militants n’ayant pas quitté le parti après 1957 et qui furent à plusieurs reprises durement persécutés, le PCB ne s’est maintenu que marginalement, à la façon d’un groupuscule, au moyen d’alliances de circonstance : une coalition vaguement gauchisante de l’Unidad Democrática y Popular dans les années 1970 et, à partir de 2006, une quasi intégration au sein du MAS.

Dans ces conditions on peut comprendre qu’Evo Morales n’ait pas eu l’intention d’appeler à une insurrection armée qui aurait définitivement balayé le capitalisme et l’impérialisme de son pays et fait triompher un système essentiellement collectiviste. Au cas où il se serait lancé dans cette aventure, la défaite était certaine. Et si par un incroyable hasard, Morales et le MAS avaient réussi à mettre en œuvre une collectivisation du pays, en éliminant toute trace d’une économie capitaliste, celle-ci aurait eu tôt fait de renaître depuis l’extérieur, avec l’appui de l’impérialisme, et de ruiner totalement le pays en utilisant les armes bien connues des blocus, des saisies de biens boliviens à l’étranger des manipulations sur les monnaies pour attaquer le boliviano, la monnaie nationale, jusqu’à provoquer une inflation non maîtrisable. Tout cela a été utilisé contre le Venezuela qui a pu y faire face, bien que difficilement. En Bolivie où l’élan du mouvement révolutionnaire n’avait probablement pas la même force, même s’il gagnait chaque jour du terrain, l’économie aurait été rapidement mise à genoux entraînant les masses populaires dans une misère effroyable et un retour inéluctable au pouvoir de l’oligarchie capitaliste.

La révolution socialiste, comme n’a cessé de le répéter Lénine, est un processus historique qui ne peut triompher sans trois impératifs : 1) des conditions objectives (un système capitaliste en bout de course, miné par ses contradictions, hésitant, louvoyant face à la montée de la colère d’un prolétariat réduit à la misère), 2) un parti profondément prolétarien capable de prendre la tête du bouleversement social, 3) enfin des liens étroits tissés par ce même parti avec une force militaire conséquente, capable de balayer les restes de l’ancienne classe dirigeante et de défendre les acquis révolutionnaires.

Ces trois conditions, surtout les deux dernières, furent-elles remplies durant la période 2006-2019. La réponse est encore une fois : non.

2. Le modus vivendi du MAS avec la junte

De plus, tout indique que le MAS, le parti de l’ancien président Evo Morales, se trouve depuis plusieurs années à la croisée des chemins, que sa cohérence s’en est trouvée ébranlée. C’est en ce sens qu’on reste fort perplexe aujourd’hui lorsqu’on voit certains dirigeants politiques du MAS, après avoir dans un premier temps dénoncé le coup d’état, se rallier le 23 novembre à la décision de l’usurpatrice fasciste et raciste Jeanine Áñez d’annuler les élections du 20 octobre et de procéder à un nouveau scrutin dans un délai qui n’a cessé de varier (90 jours, 120 jours, 130 jours avant la fin mars, le 3 mai 2020 aux dernières nouvelles…), mais auquel Morales n’aura pas le droit de présenter.

Au plan législatif, bien que majoritaire dans les deux chambres du Parlement, la quasi-totalité des sénateurs et des députés du MAS a pareillement entériné de fait l’action factieuse des forces d’extrême droite en Bolivie avec lesquelles ils ont trouvé un modus vivendi, ne serait-ce qu’au niveau électoral. On peut concevoir que beaucoup l’ont sans doute fait à contrecœur, à la manière d’une carte forcée, d’autant qu’Evo Morales et les dirigeants du MAS en exil ont, eux-mêmes, annoncé assez rapidement qu’ils envisageaient de participer au scrutin. Dans un message de la fin janvier 2020 sur Twitter, le leader indigène s’est même montré optimiste quant à la victoire de Luis Arce, son ex ministre de l’économie, et de David Choquehuanca, en tant que candidats à la présidence et à la vice-présidence pour le MAS. Peine apparemment perdue, puisque, selon les dernières informations, madame Áñez a annoncé son intention d’arrêter Luis Arce à son retour en Bolivie et d’instruire contre lui un procès à charge.

De plus, les divisions apparues au sein du monde du travail ont encore accru l’affaiblissement de la résistance à la junte. Le 25 novembre 2019, cette dernière la junte a négocié avec succès  un “accord de pacification” avec la COB (Central Obrera Boliviana), le principal syndicat de Bolivie ainsi qu’avec d’autres organisations syndicales telles que la Confédération Syndicale Unique des Travailleurs Paysans de Bolivie (CSUTCB), la Confédération Nationale des Femmes Paysannes Indigènes de Bolivie « Bartolina Sisa » (CNMCIOB « BS ») et la Confédération Syndicale Des Communautés Interculturelles de Bolivie (CSCIOB).

Or ce « Pacte d’unité » divise les forces qui devraient s’unir pour résister à l’extrême-droite fasciste qui a pris le pouvoir. Il est en effet rejeté par plusieurs organisations Sociales : la Confédération des Syndicats de Femmes des Communautés Interculturelles de Bolivie (CSMCIB), la Coordination des six fédérations du tropique de Cochabamba, les dirigeants du 8e district du conseil de quartier de El Alto, la Fédération des syndicats interculturels de El Chore-San Juan-Campo Víbora (département de Santa Cruz), la Coordination Andine des Organisations Indigènes, entre autres[15].

3. L’espoir de nouvelles élections : un miroir aux alouettes ? Les perspectives politiques.

Tout laisse à penser que la promesse d’élections “libres” et “démocratiques” que les factieux font miroiter, et qui trouve des aussi échos favorables dans le camp occidental, n’est qu’une escroquerie de plus étant donné qu’elles auront lieu sous dictature fasciste militaro-policière et sous contrôle nord-américain. Le pays est militarisé. Un effectif de 70.000 hommes pris dans les rangs de  l’armée et de la police a été chargé de patrouiller dans principales villes sous le prétexte de prévenir des troubles  et d’assurer la tranquillité de la population. Pour Evo Morales

« avec la militarisation des villes les plus importantes de Bolivie, un état de siège de facto est en vigueur, ce qui a suspendu les droits et les garanties constitutionnelles du peuple. Une preuve de plus de la dictature d’Áñez qui gouverne le pays »[16]

Comment mettre sa confiance dans un scrutin véritablement démocratique alors qu’une terrible répression s’abat sur ceux qui soutiennent Evo Morales et que 592 enquêtes pour sédition ou corruption ont été ouvertes sans la moindre preuve à leur encontre par la junte et que Mathías Kutsch , haut foncttionanaire du linistère de la justice nommé par la junte annonce « qu’un premier rapport est attendu jusqu’en avril si les faits de corruption sont confirmés et que d’autres sont découverts, près d’un mois avant les élections présidentielles prévues pour le dimanche 3 mai » ?[17]

Comment tomber dans ce panneau grossier alors que l’un des principaux leaders du golpe, Luis Fernando Camacho – un mixte de fascisme, d’évangélisme “chrétien” ultra réactionnaire, de racisme ouvertement déclaré et de sympathie pour les thèses franquiste et même néo-nazis  – s’est déclaré candidat à la présidence après avoir abandonné la présidence du Comité Pro Santa Cruz ? Comment s’illusionner sur un retour à la démocratie alors qu’une candidature d’Evo Morales est exclue puisque la clique dirigeante issue du coup d’état lui interdit tout retour dans son pays sous peine d’emprisonnement et probablement d’assassinat ?

Rien n’est moins sûr qu’un retour à la démocratie en Bolivie à la faveur d’éventuelles élections en mai 2020 quand on sait que la Defensoría del Pueblo (Organisation de Défense du Peuple) voit ses demandes réitérées de démilitarisation et de démobilisation des groupes paramilitaires, à l’origine de nombreuses meurtres et blessures graves lors du renversement d’Evo Morales, systématiquement ignorées par la junte. La gravité de la situation est telle que la Defensoría del Pueblo a même dû faire appel à la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), qui pourtant mériterait plutôt de s’intituler “Commission étatsunienne des droits de l’homme”[18],  pour tenter de ramener quelque peu la junte à la “raison” et à mettre un frein à ses exactions.

Certes, la course au “bout de gras” pour les élections de mai 2020 fait rage et divise aussi le camp de l’extrême droite. Les candidatures à l’intérieur de ce clan s’accumulent. Outre celle de Luis Fernando Camacho et de Carlos Mesa, on compte déjà presque qu’une dizaine de postulants. Quant à Jeanine Áñez, qui ne devait être qu’une présidente intérimaire, elle a obtenu une prorogation de ses fonctions que lui a accordées le Tribunal Constitucional Plurinacional (TCP) de Bolivia le 15 janvier 2020, la raison invoquée étant qu’il fallait éviter une vacance du pouvoir. Elle en a profité pour annoncer à son tour cinq jours plus tard qu’elle se présenterait à la future présidentielle

Illico presto, la loi 1270 a été adoptée cinq jour plus tard, étendant le mandat constitutionnel des “autorités élues”, ce qui signifie qu’elles restent en fonction et que Jeanine Áñez se maintient au pouvoir malgré le fait que son mandat – mandat usurpé –  devait  prendrait fin le 22 janvier. Comme si cela ne suffisait pas, elle a annoncé sa candidature pour les présidentielles de mai et exiger la démission de ses ministres afin de constituer un nouveau gouvernement de choc dont on peut deviner qu’il ne fera pas de quartier à quiconque pourra lui faire obstacle.

Ces dissensions, dont témoigne la lettre de démission de Roxana Lizárraga ou les critiques acerbes de Carlos Mesa, semblent néanmoins insuffisantes pour vraiment profiter aux candidats du MAS.

La situation est complexe et peut évoluer. Mais quelque soient les espoirs mis dans les élections annoncées pour mai, espoirs bien ténus, il est certain que les USA ont déjà mis leurs pattes et leurs griffes sur la Bolivie et qu’ils feront tout pour pérenniser le retour au pouvoir d’une oligarchie compradore, adossée à la police, à l’armée et aux  milices fascistes de Santa Cruz et de l’Orient bolivien, qui n’auront rien à leur refuser. Il est plus que probable que le scénario de 2006 se répétera, lorsque l’USAID, par l’intermédiaire de l’ambassadeur nord-américain David Greenlee, finança directement et indirectement une pléiade d’ONGs pour barrer la route à Evo Morales, allant jusqu’à recruter plus de 3000 “observateurs” sélectionnés en fonction de leur animosité envers lui[19].

Il est illusoire de s’imaginer que l’impérialisme, cette « bête immonde dont le ventre est toujours fécond » (Brecht) accepte de se transformer en un doux agneau après avoir planté ses crocs dans ce pays du continent sud-américain dont il désire s’assurer le contrôle total, du fait de ses ressources naturelles et de sa position géostratégique charnière résultant de ses frontières avec le Brésil, le Pérou, le Paraguay, l’Argentine et le Chili.

On ne peut nier qu’il y a eu défaite, pour ne pas parler de capitulation, et se montrer moins optimiste qu’Evo Morales sur ce que sera le résultat des présidentielles de mai 2020 et même sur leur tenue effective, étant donné que les forces fascistes conseillées par les maîtres étatsuniens ne se gêneront pas pour les annuler sous un quelconque prétexte si elles sentent que le pouvoir est sur le point de leur échapper.

Pour le moment, les législateurs du MAS semblent se limiter à ne critiquer la junte que sur des points qui ne remettent pas en cause le régime qu’elle a mis en place et qui traduisent un rapport des forces qui leur est défavorable ainsi qu’au mouvement populaire. L’une des preuves en est que les sénateurs et les députés du MAS ont présenté, le 23 novembre 2019, un projet de loi pour accorder l’immunité à Morales contre toute poursuite judiciaire visant à le mettre en accusation pour « sédition et terrorisme ». Or l’initiative fut immédiatement annulée le lendemain lorsque le gouvernement fantoche d’Añez refusa catégoriquement de promulguer la loi, en réitérant les mêmes motifs d’accusation. Il infligeait par là un camouflet au camp masiste – sans provoquer chez ce dernier une réaction déterminée.

Les députés masistes de la chambre basse ont présenté un projet similaire en décembre qui, une fois de plus, a été rejeté par la junte et sans davantage de réaction de leur part. Pire, le 10 janvier, la majorité MAS à la chambre haute, emmenés par la sénatrice Eva Copa ont une nouvelle fois approuvé un projet de loi intitulé Loi de respect des droits de l’homme qui accorderait l’immunité pour les dirigeants politiques, sociaux et civiques nationaux et étrangers. Mais bien qu’Eva Copa, qui ne cesse de jouer un minable double jeu pour “donner le change”, ait fait profil bas et insisté pour qu’Evo Morales soit exclu de la loi, la présidente par intérim, Jeanine Áñez a immédiatement annoncé qu’elle ne promulguerait pas cette loi, même si elle était approuvée par la Chambre des députés.

Les rares informations qui parviennent de Bolivie laissent à penser que le régime d’extrême droite semble avoir réussi pour l’instant à “pacifier” le pays, moyennant plusieurs massacres, une impitoyable répression politique et la cooptation de plusieurs militants du MAS, dont la moindre n’est pas celle d’Eva Copa à qui la droite réactionnaire a offert sur un plateau la présidence du Sénat dans des conditions scandaleuses. Qui plus est on a vu la même Eva Copa s’afficher récemment bras-dessus, bras-dessous avec Jeanine Áñez [20]. On ne peut donc que s’interroger sur un virage politique qui ressemble fort à une quasi trahison. Il est devenu clair qu’une aile dite “modérée” du MAS a quasiment tourné casaque et cherche désespérément à s’accorder au mieux avec les fascistes qui se sont emparé du pouvoir alors même qu’Evo Morales les qualifie de putschistes.

Là se trouve peut-être le péché originel d’Evo Morales : ne pas avoir  pu ou de n’avoir pas osé transformer suffisamment et à temps le MAS en un parti authentiquement révolutionnaire qui aurait fait front uni contre la présidence postiche d’Áñez et de ses ministres et s’être contenté de le voir suivre une ligne réformiste-progressiste.

III. Solidarité avec les masses boliviennes qui combattent un gouvernement de facto illégitime

Cependant, s’ils ne veulent pas se payer d’un semblant de choix, le mot d’ordre qui s’impose à tous les militants anti-impérialistes, quels que soient leurs désaccords politiques et idéologiques est d’apporter tout leur soutien aux boliviens qui cherchent à se réorganiser et qui se préparent à une contre-offensive sans concessions, y compris par des voies électorales (mais pas seulement). C’est pourquoi, malgré tous les scepticismes, on se gardera bien de jeter la pierre aux militants du MAS qui, à la différence de certains de leurs dirigeants, ont choisi, dans des conditions difficiles, ont choisi de s’engager sur la voie  de la « RÉSISTANCE dans l’unité Jusqu’à la victoire finale » et qui, réunis en congrès à Cochabamba  le 7 Décembre 2019, ont désigné, Evo Morales comme chef de campagne pour les élections de 2020.

En présence de l’impérialisme fasciste, « fou qui fait le délicat / fou qui songe à ses querelles / au coeur du commun combat » (Aragon). Aucun appui ne doit manquer à Evo Morales malgré ses positions parfois ambiguës, ni aux dirigeants du MAS qui refusent les “retournements de vestes”, ni aux militants de base du parti et à tous les boliviens qui, organisés ou non, luttent ou se préparent à lutter pour une Bolivie plurinationale, progressiste et souveraine, débarrassée de la bourgeoise-fasciste qui agit en servante docile du Département d’Etat nord-américain.

Que beaucoup le fasse par fidélité à la Pachamama, ne doit en aucun cas affaiblir la solidarité avec leur combat. Il faut faire front commun contre tous ceux qui font le jeu de l’impérialisme en s’en prenant à ce qu’ils appellent dédaigneusement le “pachamamisme”, au prétexte que la sonorité du vocable les écœure. Ceci quelles que soient les récupérations chamaniste ou néopaganiste auxquelles le culte de la terre-mère a pu donner lieu dans le passé de la part d’un mouvement écologiste petit-bourgeois qui depuis n’a cessé de retourner sa veste.

Le culte de la Pachamama, si l’on excepte les intrusions souvent grotesques d’occidentaux adeptes du “New Age” ou du tourisme voyeur, est une réalité encore très étendue dans les populations indigènes de la zone andine, malgré les débats animés – au pour ou au contre – qui font rage chez tous les ethnologues et d’anthropologues qui ont “planché” sérieusement sur la question. C’est seulement très marginalement que cette façon d’appréhender la relation entre l’homme et la nature résulterait d’une intrusion extérieure occidentale, –  altermondialisme, écologisme, ecosocialisme, etc.– et qui, imprégnée par les mythes des “bons sauvages” viendrait enseigner aux indigènes éberlués une nouvelle religion dont ils ignoraient tout jusqu’à ce qu’on leur apporte la bonne nouvelle. Cette vision méprisante qu’on trouve dans certains courants néo-marxisants, imbus de laïcisme et de rejet de tout “relativisme culturel”[22] rejoint finalement, quoi qu’ils en veuillent, l’anti-indigénisme martelé par un Mario Vargas Llosa au motif qu’il constituerait un frein au sacro-saint paradis du néolibéralisme. Au nom d’une nécessaire déconstruction d’un certain néo-indianisme[23], on en arrive à caricaturer et à nier les fondements culturels des populations andines, à n’y voir qu’une spiritualité ou des croyances qui se serait dissoutes au fil du temps depuis la conquête et qui ne serviraient que les intérêts politiques de dirigeants progressistes auxquels on accole invariablement l’étiquette controuvée de “populistes” (Rafael Correa en Équateur, Evo Morales en Bolivie). Et quand bien même le “pachamamisme” serait le résultat d’une mode passagère, n’ayant plus de racines chez les populations concernées, il n’en constituerait pas moins un salutaire rempart contre l’influence pernicieuse d’une hiérarchie catholique fréquemment liée aux oligarchies locales, et plus encore à au travail de sape hyper-réactionnaire de sectes évangélistes dont les fils directeurs sont maniées depuis les USA

Il faut y insister, qu’ils soient à l’heure actuelle l’objet ou non de réactivations d’origine diverse, les cultes rendus à la Pachamama ne souffrent pas d’une absence totale de réalité dans l’aire andine, loin de là. Ils ne relèvent pas d’une construction idéologique importée et renvoient fondamentalement à une “religion” matérialiste, ou pour mieux dire à une appréhension matérialiste de l’homme et de la nature.

Si tout part de la terre-mère, si tout y revient, on est en présence de croyances en l’en-deçà de la matière, totalement opposée aux religions du Livre (christianisme, Islam) qui sont des religions de l’au-delà de la matière, où la puissance ultime, Dieu, si elle est supposée intervenir dans l’en-deçà, a en définitive pour lieu et pour origine intemporelle un au-delà totalement séparé de l’homme et de son environnement naturel.

On ajoutera que le matérialisme de la Pachamama – qu’on ne confondra pas avec le matérialisme historique et dialectique et encore moins, faut-il le préciser, avec le matérialisme consumériste qui est l’une des armes privilégiées de l’impérialisme occidental – s’étend, bien au-delà de l’aire andine, sous d’autres formes, à tous les cultes propres au peuples originaires du Mexique, de la Mésoamérique, des Caraïbes et du continent sud-américain. De plus, on se refuse à suivre suivre l’ethnologue Antoinette Molinié pour qui « il y a encore trente ans, on parlait très peu de Pachamama »[24]. L’ethnologie a parfois bien des mérites mais il y a souvent chez elle une arrogance scientiste qui a pour fonction de défendre des petits monopoles dans l’“expertise” des civilisations non occidentales. On oublie trop  souvent que la poésie – oui, la poésie – pourrait souvent lui en remontrer dans ce domaine. On ne saurait trop conseiller à madame Molinié de remonter à 1950, date à laquelle le poète communiste Pablo Neruda publia son magnifique Canto general. Au sixième poème du chant I, elle y trouvera la preuve que ce grand poète chilien était aussi un parfait connaisseur  des cultures indigènes de l’aire andine lorsqu’il présentait l’homme américain originaire comme un être qui s’insère dans le paysage d’une “création” matérialiste. Dans ce poème, cet homme advient sur sa terre sous une forme non dissociée de l’univers matériel :

« L’homme fut terre, poterie, paupières
la glaise tremblante, forme de l’argile […]
Il fut vase caraïbe, pierre chibcha
coupe impériale ou silice araucane […]
Comme la coupe d’argile était
la race minérale, l’homme
fait de pierre et d’atmosphère
net comme les poteries, sonore »[25]

1 . Légitimité et illégitimité

Dans la Bolivie actuelle, la légitimité ne se situe en aucun cas dans la prise du pouvoir par les hordes des leaders fascistes Luis Fernando Camacho ou Arturo Murillo, après que leur homme de paille, Carlos Mesa – un candidat prêt à se soumettre aux diktats des  USA. et à une alliance avec le Brésil de Jair Bolsonaro –, ait été battu lors de la dernière élection présidentielle d’octobre 2019.

La légalité ne réside pas non plus dans la pseudo présidence “par intérim” de Jeanine Áñez, une fondamentaliste chrétienne du même acabit que Luis Fernando Camacho. Politicienne ultra catholique, ancienne directrice et présentatrice de Totalvisión, elle ne cache pas, elle non plus, un racisme implacable envers les populations indigènes du pays (auxquelles la rattache pourtant un métissage plus ou moins lointain, soigneusement dissimulé malgré les artifices : blondeur sans doute factice, maquillage, vêtements à la mode occidentale,…).

La légitimité, enfin, n’est nullement représentée par la sénatrice du MAS, Eva Copa qui en échange de la présidence du Sénat a établi une coopération totale avec le camp fasciste, allant jusqu’à dire dans les médias boliviens que « les personnes qui ont enfreint la loi devront être punies en conséquence, qu’elles soient d’un côté ou de l’autre »[26]. Une clause de style qui ne trompe personne, étant donné son parfait accord avec Jeanine Áñez, et qui vise au premier chef Evo Morales et les membres de son gouvernement

2. Une junte raciste

Qu’on ne s’y méprenne pas : les termes de “fascisme”, “racisme”, de “fondamentalisme” religieux hyper réactionnaire  qui seront employés ici pour qualifier la position politique des auteurs du golpe ne relèvent nullement d’une rhétorique surannée qui serait dépassée en ces temps de “postmodernisme” et de “fin des grands récits” et qui ne correspondraient pas à la réalité. Le cas de Jeanine Áñez éclaire parfaitement ce que ces mots peuvent porter de sens. On en jugera par quelques rappels.

En 2013, à l’occasion de la célébration du nouvel an aymara-quechua qui tombe le 21 juin, date du solstice d’hiver dans la région andine et des festivités du lucero del alba – l’étoile du matin, c.¬à¬d. l’étoile du berger (Vénus) –. qu’organisent ce même jour d’autres communautés indigènes (Guaranis, Chanes, Arawak…), Jeanine Áñez ulcérée publiait ce  tweet haineux :

« qu’est-ce que c’est que cette nouvelle année aymara et cette étoile du matin ! Suppôts de Satan, personne ne peut remplacer Dieu »[27].

Le 31 décembre 2016, Áñez récidiva en écrivant toujours à propos de cette célébration :

« Et quant à ceux qui célèbrent le Nouvel An Aymara je ne sais quel mois, je ne veux pas les voir ivres demain en disant : “Bonne année” »[28].

Le premier geste d’Áñez en entrant dans le palais présidentiel fut de brandir une Bible en compagnie de Luis Fernando Camacho pour bien signaler que l’emblème indigène de la Wiphala et les croyances qui s’y rattachent étaient désormais hors-la-loi. Sosie au féminin de Jair Bolsonaro, Áñez avait déjà publié dès le 5 octobre, deux semaines avant les élections présidentielles, une caricature raciste d’Evo Morales, portraituré en indien pusillanime : un poltron tremblant de peur, jusqu’à s’agripper désespérément à son fauteuil présidentiel ; le tout renforcé de ce commentaire « Les derniers jours de ce pauvre Indien qui s’accroche au pouvoir » [« Aferrado al poder el “pobre indio” »]. La raillerie raciste était barrée de l’inscription « derniers jours » [« últimos días »]. Ce tweet de J. Áñez, comme d’autres, a depuis été effacé mais a bien été publié[29].

Un autre tweet d’avril 2013 largement diffusé sur le Web et les réseaux sociaux fait dire à Jeanine Áñez « Je rêve d’une Bolivie sans rites sataniques indigènes, la ville n’est pas pour les Indiens qu’ils s’en aillent sur leurs hauts plateaux des Andes (el altiplano) ou au Chaco ! »[30]. Probablement apocryphes et rédigés par des partisans de la junte fasciste, ces mots n’en traduisent pas moins au plus près le mépris insondable d’Áñez et de ceux qui l’on porté à sa présidence made in usa à l’égard des peuples originaires de Bolivie.

3 . Nécessité d’une première riposte : montrer et démontrer

En présence de cette nouvelle agression barbare de l’impérialisme et d’une campagne de presse ignominieuse qui voudrait inverser les rôles – Evo Morales, “un dictateur aux mains tâchées de sang” /vs/ “de courageux paladins d’une démocratie à l’occidentale” (le trio Luis Fernando Camacho¬Carlos Mesa¬Jeanine Áñez) –, il faut montrer comment a été préparé et s’est déroulé le coup d’état. Montrer et démontrer du même coup l’avilissement de ceux qui, soit en Bolivie, soit en Amérique Latine, soit dans le monde dit “libre” (USA, UE, …) continuent de se faire les colporteurs complaisants de la propagande diffusées par le putsch fasciste.

IV. Réponse à l’accusation nº1 : Evo Morales aurait commencé une carrière de dictateur en se représentant pour un quatrième mandat présidentiel, alors que celui-ci lui avait été refusé par un référendum le 21 février 2016.

.1 . “L’affaire” Gabriela Zapata

Au début de 2006, Evo Morales et son parti le MAS avaient lancé la perspective d’un référendum visant à modifier la constitution de 2009 qui limitait à deux le nombre de candidatures consécutives à la présidence pour une même personne. Il s’agissait de permettre à Evo Morales de se présenter pour un troisième mandat (compte non tenu de sa première élection en décembre 2005, puisque celle-ci était antérieure à l’adoption en 2009 de la Constitution) afin de poursuivre sa politique progressiste.

La réaction de l’opposition bourgeoise concentrée sur la province de Santa Cruz ne se fit pas attendre : il était intolérable que la plèbe majoritaire représentée par les forces du progrès social, les syndicats ouvriers et les communautés indigènes puisse continuer à prendre en main les destins de la Bolivie. Une guerre, à coups d’agressions, de diffamations, de dénigrements médiatisés en tous genres fut donc aussitôt déclarée.

Le 11 février 2016, peu avant le référendum, une bolivienne de Cochabamba, Gabriela Zapata, qui avait eu une brève relation avec Evo Morales vers 2006-2007, fit savoir dans la presse qu’elle avait eu un enfant de son ex-compagnon. Après sa rupture avec celui-ci et ayant obtenu un poste de gestion commerciale dans une filiale de l’entreprise chinoise de construction CAMC, elle s’était lancée dans une course aux profits illicites. Des dépôts d’agent considérables furent effectués sur ses comptes bancaires qui lui permirent d’acheter plusieurs immeubles, de payer en espèces des voitures de luxes, des bijoux, etc. Avec une certaine habileté, Gabriela Zapata se livra à des actes passibles de peines d’emprisonnement : usurpations de titres et de fonctions et trafics divers relevant de la pure escroquerie. La justice bolivienne qui la soupçonnait depuis quelques temps, la fit arrêter en février 2016 sur plainte du gouvernement. Accusée d’associations délictueuses, d’usage et abus de faux, d’utilisation abusive de biens et de services publics, entre autres griefs, elle fut condamnée à dix ans de prison en 2017.

Or, par une coincidence chronologique plus que troublante, un journaliste de l’opposition, Carlos Valverde Bravo, avait déjà rendu public le 3 février 2016 un prétendu acte de naissance prouvant que Morales aurait eu un fils de sa liaison avec Gabriela Zapata.

Personnalité en vue des chaînes télévisuelles de la province de Santa Cruz, Carlos Valverde Bravo avait commencé sa carrière à la fin des années 1970 comme membre d’un groupe paramilitaire implanté à l’Université Autonome Gabriel René Moreno (UAGRM) et qui servait de branche armée au mouvement d’extrême droite de la Phalange Socialiste Bolivienne (FSB), alliée au dictateur Hugo Banzer durant les années 70[31]. Lui-même est le fils de Carlos Valverde Barbery, l’un des principaux dirigeant de la FSB et fondateur de son prolongement : le groupe néo nazi de l’Union de la Jeunesse  de Santa Cruz (Unión Juvenil Cruceñista, UJC) dont le signe de ralliement est celui d’une croix surmontée d’une couronne ducale médiévale[32]. Auteur à ses moments perdus de romans érotiques, Valverde Bravo reprit ensuite du service dans l’extrémisme politique. Bien qu’impliqué dans des affaires de narcotrafic entre la Bolivie et la Colombie (1992-1993), il n’en réussit pas moins à poursuivre sa “carrière” comme chef régional des services de renseignements de la police de Santa Cruz puis comme directeur national du renseignement sous le gouvernement de droite social­démocrate de Jaime Paz Zamorra – un leader du MIR[33], qui n’hésita pas à instaurer une cohabitation avec un revenant de la politique bolivienne : Hugo Banzer (1989-1993). À partir des années 2000 et surtout après l’élection d’Evo Morales, Valverde opéra une reconversion dans les shows TV et les révélations scabreuses de caniveau. Outre ces occupations fort juteuses financièrement et celles d’agent d’influence des USA en Bolivie, Valverde s’était fait aussi une (mauvaise) réputation dans un journalisme baptisé pompeusement d’“investigation” : terme qui renvoie très souvent en Bolivie à une confrérie notoire qui vit d’intoxications et de média-mensonges, ayant essentiellement pour visée de compromettre le gouvernement d’Evo Morales dans des affaires de corruption imaginaires.

Ce sont donc de soi-disantes preuves fournies par ce personnage plus que douteux qui furent les seules données permettant, à partir d’une série d’hypothèses et d’affirmations mensongères de lier l’“affaire Gabriela Zapata” à des malversations, tout autant fictives, entre le gouvernement et la société chinoise CAMC. La date du référendum s’approchant, l’opposition fasciste de Santa Cruz, aidée par la très grande majorité des médias boliviens, utilisa à fond ce “coup tordu” (un coup tordu auquel elle avait participé au premier chef) pour lancer une campagne de fausses rumeurs, de diffamations, dans une atmosphère de scandale de mœurs “à la une”, calquée sur les méthodes en usage aux USA.

Lors du référendum du 21 février 2016, l’effet de cette propagande, particulièrement abjecte, eut une influence marginale, mais suffisante, sur l’électorat bolivien pour obtenir le rejet par 51.3% de voix négatives de la modification de l’article 168 de la Constitution qui permettait à Evo Morales avec l’appui de son parti, le MAS, de se présenter pour un 4ème mandat. Comme l’écrit Maurice Lemoine :

« Soixante mille voix de différence sur un corps électoral de 6,2 millions de personnes permirent aux “ fake news ” d’atteindre leur but et lorsque la vérité va se faire jour, révélant l’ampleur de la manipulation, il sera malheureusement trop tard… La défaite d’Evo est consommée »[34].

Effectivement, depuis lors, aucune des demandes réitérées de présentation de l’“enfant caché” n’ont abouti, bien que la défense de Gabriela Zapata ait présenté à la justice bolivienne un gamin en avril 2016 mais dont la paternité ne put être établi puisque l’accusatrice se refusa de se prêter à un test ADN, contrairement à Evo Morales. Finalement, en juin 2017, elle avoua qu’elle n’avait jamais eu d’enfant avec lui. Le 15 mai 2018, Valverde, sentant le vent tourner, dut reconnaître, lui aussi, qu’il n’y avait jamais eu de “fils caché”. Du même coup, il avouait implicitement que l’“acte de naissance” qu’il avait brandi triomphalement le 3 février 2016 urbi et orbi dans les médias boliviens, principalement ceux de Santa Cruz, était un faux[35].

2 . La réplique du MAS après l’échec du referendum de 2016. Les aspects constitutionnels.

Face à cette manœuvre des fascistes boliviens et de leurs patrons nord-américains qui constituait déjà, en réalité, une première étape vers le récent coup d’état, les députés boliviens du MAS , majoritaires à l’Assemblée législative, lancèrent un appel pour permettre au président de participer aux élections de 2019, en soulignant que le référendum de 2016 avait été entaché, de fait, de manœuvres antidémocratiques et diffamatoires liées au cas Gabriela Zapata. Une demande de révision ou plus exactement de clarification de la constitution fut alors portée devant la Cour constitutionnelle (Tribunal Constitucional Plurinacional de Bolivia, TCP)

Le 28 novembre 2017, la cour donna raison au MAS et aux partisans d’Evo Morales en se référant à la Convention Américaine des Droits de l’Homme (Convención Americana de Derechos Humanos, CADH) adoptée en novembre 1969 à San José (Costa Rica), laquelle stipule que 

« tous les citoyens doivent jouir des droits et facultés […] d’élire et d’être élus dans le cadre de consultations périodiques authentiques, tenues au suffrage universel et égal, et par scrutin secret garantissant la libre expression de la volonté des électeurs » (chapitre II, article 23, 1 b.)[36].

Par ailleurs, ce Pacte de San José de 1969 ne mentionne nulle part une limitation des candidatures présidentielles, se contentant de signaler que la loi des différents pays signataires ne peut déroger à ce droit

« [qu’]exclusivement pour des motifs d’âge, de nationalité, de résidence, de langue, de capacité de lire et d’écrire, de capacité civile ou mentale, ou dans le cas d’une condamnation au criminel prononcée par un juge compétent » (chapitre  II, article 23, 2)[37].

Ce silence qui s’accordait avec l’adage juridique, “qui ne dit mot consent” (qui tacet consentit), avait une valeur constitutionnelle comme cela est admis au niveau international par la plupart des lois fondamentales impliquant de plusieurs pays, y compris les pays du camp impérialiste qui se réclament de la démocratie[38]. Il était donc évident qu’Evo Morales et Álvaro García Linera, son binôme pour la vice-présidence pouvaient s’en prévaloir puisque ni l’un ni l’autre ne relevaient de différents cas d’empêchement mentionnés. Bref : l’absence de dispositions quant au nombre de mandats présidentiels autorisés avait force de loi selon la convention de 69.

Or, la constitution bolivienne de 2009 approuvée par une large majorité de citoyens boliviens comportait un article 168 qui fixait à 5 ans les mandats pour la présidence et la vice-présidence de l’État, avec une seule possibilité de réélections « de manière continue », c.-à-d. consécutives. Mais ce texte constitutionnel propre à la Bolivie déclarait aussi dans son article 256 § I que

« les traités et instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme qui ont été signés, ratifiés ou auxquels l’État a adhéré et qui déclarent des droits plus favorables à ceux qui figurent dans la Constitution sont appliqués de manière préférentielle »[39]

La convention de signée par la Bolivie en 1969 entrant indiscutablement dans cette catégorie de traités, il y avait donc manifestement un conflit d’ordre constitutionnel qui, en droit, justifiait pleinement que le Tribunal Constitutionnel  (TCP), prenant appui sur le 256 § I de la Constitution Bolivienne avec renvoi à l’article 23 I, b / II de la CADH, tranche en faveur d’une possibilité pour Evo Morales et son future vice-président García Linera de se représenter à la présidentielle de 2016. Sans être un expert en droit constitutionnel, il était clair que le jugement rendu l’avait été en toute légalité et n’avait rien à voir avec un quelconque “trucage” ou une sombre manipulation électorale propre à une république bananière.

3. Le troisième mandat d’Evo Morales. Les “nouveaux chiens de gardes” de l’impérialisme sonnent l’hallali  : deux poids, deux mesures

En revanche, les cris d’orfraie poussés par les médias  dominants tant en France qu’en Europe au aux États-Unis, si soucieux en apparence du respect des questions de droit, relèvent bien, quant à eux, d’une intense manipulation de l’opinion publique destinée à discréditer Evo Morales et à donner une quasi absolution au coup d’état fomenté par les USA et les nazillons de Santa Cruz.

L’hebdomadaire néolibéral français Le Point du 29-11-2019[40] pourrait servir de patron pour illustrer la bassesse de la galaxie médiatique occidentale, ces « nouveaux chien de garde »[41] toujours “du côté du manche”. Évoquant le jugement rendu le  28 novembre 2017 par le TCP bolivien, la revue parlait d’une « décision jugée plus que douteuse par les experts », lesdits “experts” se réduisant finalement à quelques “analystes” triés sur le volet : Jorge Lazarte, Carlos Alarcón et Carlos Cordero[42]. Les lecteurs de cette publication qui appartient au milliardaire François Pinault, spécialisée comme tant d’autres les techniques de désinformation; ignorèrent bien entendu, que l’avocat Carlos Alarcón n’est autre que l’ex-ministre de Carlos Mesa lorsque celui-ci exerça la fonction présidentielle entre 2003 et 2005 et qu’Alarcón fut alors compromis dans plusieurs scandales financiers.

De même Le Point se garda bien de préciser que le politologue Jorge Lazarte, diplômé de la Sorbonne Paris III et ancien membre du Parti Ouvrier Révolutionnaire (P.O.R) –  groupuscule trotskiste qui ne cesse de tirer un trait d’égalité entre les fascistes de Santa Cruz et le MAS  qu’il accuse de dérive droitière  (“Madame vaut bien Monsieur” !)[43] –, est l’une des figures les plus appréciées de l’opposition  extrême-droitière à Morales ainsi que des principaux médias boliviens.

Enfin, les lecteurs de cette publication ne furent pas davantage informé que le bolivien Carlos Cordero, s’il est professeur de Sciences Politiques est aussi et avant tout un politicien entièrement dévoué aux fascistes de Santa Cruz. Dans un communiqué récent, Carlos Cordero accuse Evo Morales d’être  un dictateur. Il assure que le coup d’état en Bolivie d’octobre 2019 n’est qu’une pure invention de la « société argentine » et de son nouveau président Alberto Fernández ( !) ; qu’il n’y avait seulement qu’un vide du pouvoir et que ce vide a été heureusement comblé dans une atmosphère de fête grâce aux forces armées (!!)–, seules autorités ayant acquis une légitimité après avoir réussi à déjouer la « fraude monumentale » et le «plan machiavélique d’Evo Morales (!!!)[44]

Cet échantillon très représentatif de la presse française n’offre qu’un exemple parmi tant d’autres. La règle générale des médias-mensongers qui ont le quasi monopole de la (dés)information, tant en France que dans d’autres pays, est de répéter ad nauseam les arguments de l’extrême droite bolivienne et de leurs alliés. La recette éprouvée consiste à citer avec une complaisance servile le flot de commentaires méprisants envers Evo Morales et les classes populaires qui le soutiennent tel que le déversent en avalanche les médias dominants de Bolivie et les “politologues” issus du département de sciences politiques l’Université San Andrés de La Paz dont on sait à quel point il constitue un repaire pour la pensée néolibérale la plus rétrograde.

Aucune difficulté chez ces prétendus “journalistes”, qu’ils soient français, espagnols, britanniques, nord-américains etc. à accorder leurs flûtes et leurs pendules pour verser dans un honteux psittacisme : un rabâchage de lieux communs qui confirme l’adage selon lequel «les stéréotypes sont les figures majeures de l’idéologie» (Roland Barthes). Pour France Inter Enfer, France Infos Infaux, Le Nouvel Observateur, Le Figaro, La Croix, Mediapart…, pourtant toujours sourcilleux en matière constitutionnelle, la décision prise en novembre 2017 par le TCP est tout bonnement ignorée. Evo Morales serait coupable d’un « non-respect du vote populaire », sa « candidature est de trop », il aurait porté « un coup dur à la démocratie », sa « soif du pouvoir » ne connaîtrait pas de limites. Last but not least, ce serait un « apprenti caudillo » qui s’engageait sur une voie parallèle à celle empruntée par Fidel Castro, Daniel Ortega, Rafael Correa, Hugo Chávez, Nicolás Maduro…[45]. En résumé X, Y et Z sont priés de bien vouloir apprendre cet amas de sornettes par cœur.

4 . Les réélections ad vitam aeternam des “démocraties” bourgeoises occidentales

Si Le Point, comme la quasi-totalité de la presse française et plusieurs figures de proue de l’Alma Mater aiment à taquiner la pitoyable muse de l’“état de droit” qui aurait été mise à mal par la 4e candidature d’Evo Morales, on ne se souvient pas que ces spécialistes des “médias-mensonges” (Michel Collon) se soient jamais offusqués lorsque Angela Merkel a entamé elle aussi son 4e mandat en tant que Chancelière Fédérale d’Allemagne le 14 mars 2018. Pas non plus d’état d’âme chez ces défenseurs de la “démocratie” en ce qui concerne le cinquième mandat de Benyamin Netanyahou, ou encore pour ce qui est de la 4e présidence de Faure Gnassingbé au Togo, pays, il est vrai, qui entretient, depuis longtemps, de très bonnes relations avec les gouvernements français de droite ou de “gauche”.

Mais plus profondément, on ne sache pas que les régimes dits « démocratiques », tant dans l’Union Européenne qu’en Amérique du Nord, Australie, Nouvelle Zélande, Japon etc., aient jamais fonctionné et survécu autrement qu’au moyen de perpétuelles réélections des mêmes intérêts capitalistes-impérialistes, grâce au tour de passe-passe consistant à faire se succéder un parti dit de “gauche” à un parti de droite dont il partage l’essentiel des choix économiques et politiques, à commencer par le statu quo plus que séculaire sur l’appropriation privée des moyens de production et d’échange qui devrait être aussi idéalement inébranlable qu’une loi de l’univers. Que les programmes annoncés soient plus à droite qu’à gauche ou inversement, c’est toujours tout un en définitive, comme miton mitaine

En témoignent, en Grande Bretagne, la guerre à l’extérieur des Malouines, la guerre intérieure contre les mineurs et les privatisations tous azimuts avec Margaret Thatcher ; puis la guerre du Golfe et la poursuite des privatisations avec son successeur John Major ; puis encore les guerres d’Irak, d’Afghanistan et de Yougoslavie et la poursuite impitoyable d’une politique antipopulaire sous Tony Blair.

En France, une alternance “pour la montre” a substitué La République en Marche de Monsieur Macron à la présidence PS de François Hollande. Or cette dernière n’était elle-même qu’un remake de l’ère Sarkozy qui, à son tour, ne se différenciait que très tangentiellement de l’ère chiraquienne, laquelle, de même, reprenait la politique dure aux pauvres et favorable aux possédants des années Mitterrand, etc. etc. etc.

Autre exemple, presque caricatural : celui du balancier entre démocrates et républicains aux USA dont le système politique n’est autre chose qu’un régime impérialiste oligarchique à parti unique – sous ses multiples doubles ou travestissements, mais toujours à lui-même pareil dans son bellicisme sanguinaire impénitent et son désir de régenter l’ensemble de la planète en instaurant un “Grand Reich” à l’américaine des mille ans. C’est par antiphrase et abus de langage que les zélotes du “rêve américain” parlent de la “plus grande démocratie du monde”. Une notion que tous les militants communistes ou simplement progressistes ont appris depuis belle lurette à “dé-penser” de fond en comble.

Le régime impérialiste-capitaliste est un jeu de glaces sans fin dont les illusions auraient quelque chose de dérisoire si elles ne portaient pas en elles la misère des peuples ainsi que des boucheries guerrières comme la nuée porte l’orage (Lénine). Sauf à se laisser volontairement duper on ne peut que flairer la forte odeur de ce pot-aux-roses où tout changement politique ne sert qu’à conserver l’immuable, à reprendre aux prolétariats des droits chèrement acquis et à donner carte-blanche à des dirigeants invariablement va‑t’en‑guerre.

V. Réponse à l’accusation n°2 : Evo Morales et son gouvernement seraient coupables d’incurie, de négligences voire même de complicité lors des incendies qui ont ravagé une partie de l’Amazonie Bolivienne

Entre juillet et septembre 2019, de grands incendies de forêt se déclarèrent dans l’Amazonie brésilienne. En août, l’incendie déborda sur la Bolivie et atteignit la zone de savane et de forêt tropicale de la Chiquitania au sud-est du pays (Province de Santa Cruz). L’occasion était trop belle pour lancer une nouvelle campagne calomnieuse contre Evo Morales et son gouvernement. Face à la consternation générale causée par la catastrophe, une véritable guerre de la désinformation se mit en ordre de bataille pour en rendre responsable aussi bien Jair Bolsonaro au Brésil qu’Evo Morales pour la Bolivie.

1       . Une arithmétique obscène

Les 700.000 hectares de terres touchées à des degrés divers par les incendies donnèrent lieu à une ruée sur des chiffres artificiellement gonflés pour alimenter la campagne anti-Morales. Les médias­aux­ordres engagés dans les manœuvres de subversion de l’État plurinational bolivien rivalisèrent dans l’inflation du nombre d’hectares incendiés. De part et d’autre de l’Atlantique, du nord au sud du continent américain, les plus prudents en restèrent à 1 million d’ha. D’autres poussèrent jusqu’à 1,2 millions d’ha avec des pointes à 2 millions ou 3 millions (La Croix). Financé généreusement par l’argent de grandes fondations nord-américaines (Fondations Ford, John D. and Catherine T. MacArthur…) et proche de l’USAID, le site Web Mongabay spécialisé dans l’environnemental et l’“écoconception” se distingua au palmarès de l’exécrable et de l’horrifique avec un bilan de 4 millions d’ha de végétation réduits en cendre dans la Chiquitania, un calcul lui-même tiré de sources données a priori comme irréfutables : des rapports de la NASA fondées sur des observations satellitaires. Pour Mongabay, il importe peu que ces observations concernaient principalement l’Amazonie brésilienne où se concentrèrent les incendies et secondairement la Chiquitania qui ne fait pas partie de l’Amazonie, étant une terre de transition entre la forêt amazonienne et le début de la cordillère des Andes.

Ces chiffres furent repris sans aucun recul par la Fundación Amigos De La Naturaleza financée par le très réactionnaire gouvernement autonome de Santa Cruz et par l’Union Européenne[46]. Toujours en quête d’éco-catastrophisme implicitement attribué à a gestion funeste des problèmes environnementaux par le gouvernement d’Evo Morales, la FAN révisa son arithmétique à la fin septembre 2019 et établit un nouveau record en poussant l’étendue des incendies en Bolivie jusqu’à 5,3 millions d’ha, le bilan étant à nouveau fourni par la NASA nord-américaine au moyen d’images “Visible Infrared Imaging Radiometer Suite” (VIIRS)[47].

Alors même que l’incendie était efficacement combattu par le gouvernement, l’obscénité de la compétition médiatico-arithmétique cherchait, à l’évidence, à prouver exactement le contraire : à savoir une mauvaise gestion de la catastrophe par Evo Morales.

Aussi bien la fraction fascisante de l’opposition bolivienne que ses composantes drapées dans un habillage démocratique factice n’eurent aucune difficulté à trouver un parfait accord pour instruire immédiatement le procès d’Evo Morales et de son gouvernement, lesquels auraient fait preuve, selon eux, d’une inertie criminelle, voire même auraient attenté sciemment contre la nature amazonienne du sud est Bolivien. On observe au passage que l’impérialisme et ses alliés locaux réitéraient l’attaque similaire, à coups d’informations fallacieuses et d’intoxications diverses, qui avait débuté au Nicaragua lorsqu’en avril 2018 un incendie criminel fut allumé dans la réserve biologique de l’Indio Maíz, détruisant 6000 hectares de forêt tropicale, déjà fragilisés par le passage de l’ouragan Otto en 2016. Comme pour la Bolivie, la calamité écologique au Nicaragua fut utilisée par aussi bien par le Département d’Etat US que par l’opposition sandiniste, les médias occidentaux et maintes organisations se réclamant de l’écologie pour préparer le coup d’état d’avril 2018, heureusement jugulé, qui devait renverser le président légitime Daniel Ortega et en finir une bonne fois pour toutes avec le mouvement sandiniste, principal obstacle à une recolonisation du pays par le néolibéralisme militarisé des USA. Il n’est pas jusqu’au hashtag #SOSchiquitania qui n’apparaisse comme un duplicata du #SOSIndioMaiz lancé par l’opposition sandiniste.

2. Les incendies et les appels à l’aide extérieure au risque de l’ingérence et de la déstabilisation.

En Bolivie, aucune information ne fut donnée sur les moyens considérables mis en œuvre par le gouvernement : envoi de nombreux militaires, de 2000 fonctionnaires, 300 véhicules divers, 4 avions ainsi qu’un Boeing Supertanker 747-400, un bombardier d’eau loué par le gouvernement à une entreprise américaine. De plus, contrairement aux affirmations de l’opposition bolivienne, si Evo Morales ne fit pas appel immédiatement à une aide extérieure c’est qu’il se souvenait du show de l’“aide humanitaire” qui accompagna l’opération putschiste à grand spectacle du 23 février 2019 à la frontière entre le Venezuela et la Colombie. Conduit sous la houlette des services secrets US par une bourgeoisie factieuse regroupée autour du président fantoche Juan Guaidó, les travailleurs vénézuéliens assistèrent médusés à un numéro à grand spectacle dont l’ambition était de justifier une intervention paramilitaire dans le pays après l’avoir humilié, comme l’analysait avec pertinence Nicolás Maduro :

« C’est un show au rabais pour humilier les Vénézuéliens. L’opposition et les États-Unis nous bloquent près de 10 milliards de dollars dans le monde, ils volent notre or, ils séquestrent de notre pétrole dans le monde. Ensuite ils viennent et ils sortent de leur poches 20 millions de dollars pour nous dire comme à des mendiants : “tendez vos mains et demandez pardon. Voilà : on vous donne quelques miettes”. Le Venezuela n’autorisera pas le show d’une fausse aide humanitaire car nous ne sommes pas des mendiants »[48]

Nul doute qu’Evo Morales se souvenait aussi de “l’aide humanitaire” apportée à Haïti après le tremblement de terre de 2010 et qui, comme le remarquait à l’époque Rafael Correa, revint « à ses donateurs sous forme de budgets militaires ou de coûts d’organisation ». Se référant en particulier aux USA et à l’Union Européenne, le président équatorien ajoutait qu’il y avait eu « une grande part d’impérialisme chez les donateurs […]. Ils donnent d’abord, mais en grande partie, cela leur revient»[49]

Au demeurant, après avoir mobilisé des moyens considérables et réussi à juguler 85 % des incendies sur son territoire tout en s’assurant que l’impérialisme ne profiterait pas de la catastrophe pour s’ingérer dans les affaires intérieures de la Bolivie, Evo Morales déclara que son pays était « ouvert à l’aide internationale ». Par ailleurs, une décision gouvernementale fut immédiatement prise d’interdire la vente des terres agricoles touchées par le feu.

3.    Incendies, censures et de nouveau deux poids deux mesures

Par contre, c’est encore en experts de la censure et de la désinformation “par défaut” que les médias-menteurs boliviens et occidentaux n’ont jamais attiré l’attention de leurs lecteurs sur certains faits troublants. Pourquoi, par exemple, le maire de San José de Chiquitos, Germain Caballero Vargas, est-il apparu dans une vidéo au plus fort de l’incendie de la zone de San Lorenzo au sud-est de Santa Cruz de la Sierra pour appeler à l’aide internationale, alors qu’on avait trouvé des preuves que des feux avait été volontairement allumés sur la route nationale 4 vers l’est de Las Taperas à Roboré et  jusqu’à l’estancia d’Aguas Calientes ?[50]. Pourquoi a-t-on découvert des pneus enflammés dans le parc national d’Otuquis, au sud-est du département de Santa Cruz, à la frontière du Brésil et du Paraguay[51], et pourquoi une célèbre présentatrice de TV comme Anabel Angus proche des milieux extrémistes de Santa Cruz s’est-elle hâtée pour diffuser des images chocs de l’incendie dont le sensationnalisme nauséabond allait de pair avec des propos fielleux à l’encontre des autorités gouvernementales ?

Pour les médias­menteurs de part et d’autre de l’Atlantique la messe était dite : si Jair Bolsonaro est souvent honni pour sa gestion déplorable lors des nombreux incendies qui ravagèrent la forêt amazonienne brésilienne, on reconnaît aussi que beaucoup ont eu une origine purement criminelle – ce qui est en grande partie vrai. De même on mentionne les extrêmes sécheresses dues au réchauffement climatique qui ont touché le Brésil comme d’autres parties du continent sud-américain, En revanche, pour ce qui est de la Bolivie, les mêmes facteurs criminels ou climatiques sont tantôt ignorées, tantôt attribués à la propagande gouvernementale ainsi qu’aux groupes et aux populations qui soutiennent Evo Morales.

Deux poids, deux mesures, telle est la règle. Quiconque mettra en doute cette bulle médiatico-pontificale qui attribue à Evo Morales et à lui seul la responsabilité des incendies dans la Chiquitania bolivienne sera sur le champ excommunié après avoir été coiffé d’un bonnet d’âne pour avoir fait preuve de mauvais esprit.

4 . Le réquisitoire raciste de l’opposition anti-Morales. Le décret 3973 et la loi 741

Les points principaux de l’accusation contre Evo Morales portaient sur une loi de 2016 (loi 741) autorisant le chaqueo : une pratique ancestrale de brulis remontant au paléolithique, propre aux populations agricoles et, en particulier, aux peuples indigènes. Le chaqueo est avant tout destiné à réhabiliter les terres pour l’agriculture. À la fin de l’année agricole, c’est-à-dire dès la fin des récoltes d’hiver, en août pour ce qui concerne la Bolivie, les paysans ouvrent des brûlis pour se débarrasser du chaume du cycle précédent et remettre les terres en état en profitant des cendres comme fertilisant. Les premières pluies de la fin août – début septembre leur permettent de rester maître de la situation et d’humidifier les terres asséchées pour pouvoir semer à nouveau. Cette période est aussi celle de la reprise du pâturage grâce au renouveau des prairies en herbe.

C’est dans ce contexte qu’avec la loi de 2016, le chaqueo, jusque-là non encadré du point de vue législatif, devint une technique agricole légale, contrôlée et autorisée pour « les petites propriétés ayant des activités agricoles et piscicoles ». On évitait ainsi que les grands propriétaires terriens, principalement dans la province de Santa Cruz, prennent prétexte de la tradition du chaqueo pour s’en réserver un quasi-monopole, tout en jouant sur la confusion qui leur donnait loisir d’incendier impunément de vastes zones forestières et, place nette étant faite, de tirer de gros profits de cultures extensives. Cette confusion fut d’ailleurs reprise par l’opposition pour sa propagande contre Evo Morales montré du doigt comme un “dictateur pyromane” mais en se gardant bien de distinguer chaqueo et déforestation. En fait les incendies n’avaient affecté qu’environ 20 à 30% des forêts.

Aux clameurs de l’opposition contre le chaqueo, critiquée pour des raisons pseudo-environnementales, qui sont d’ailleurs loin de faire l’unanimité chez les paysans de la base et chez les spécialistes de l’agriculture, s’est ajouté un autre grief : celui du décret 3973 de juillet 2019 qui autorisait une extension de la frontière agricole bolivienne grâce à des desmontes (déforestations) dans les départements de Santa Cruz et de Beni. Le décret avait pour but de développer des activités agraires sur des terres communautaires et sur des parcelles prélevées sur de grandes surfaces appartenant à des propriétaires privés.

Tant la loi de 2016 que le décret de 2019 s’inscrivaient dans la poursuite de la réforme agraire entreprise par Evo Morales en 2006, lorsqu’après avoir nationalisé le gaz, il avait attribué aux “interculturels” (indiens et paysans pauvres des hauts plateaux andins –l’altiplano) près de 2 500 000 ha de terres appartenant à l’État. Il avait été également prévu que la réforme porterait sur des terres sous-exploitées, laissées en déshérence, voire volées purement et simplement. Une première réforme agraire anti-latifundiaire avait eu lieu en 1953 mais elle n’avait concerné que les terres pauvres de l’altiplano bolivien, laissant d’ailleurs sans titres de propriété un pourcentage considérable de paysans pauvres (environ 45%). De plus, elle n’avait pas modifié le régime des grandes propriétés – jusqu’à 100 000 ha – dans les terres riches à l’est des Andes bolivienne (La “Demi Lune” – “Media Luna” – formée par les départements de Santa Cruz, principalement, mais aussi de Beni et Pando, plus au nord, ou de Tarija au sud)

Au début des années 2000, nombreux furent les « interculturels” des très hauts plateaux de l’ouest, chassés par la misère et la faim qui s’installèrent dans ces régions, au prix de plusieurs représailles sanglantes exercée par des pistoleros au service propriétaires de latifundios  (plus de 150 d’entre eux furent assassinés entre 2000 et 2005). L’injustice et les crimes étaient d’autant plus intolérables que ces terres avaient appartenu de tous temps aux populations originaires (aymaras, quechuas) avant que les conquérants espagnols les chassent vers les hautes montagnes arides et infertiles de l’ouest andin.

C’est donc dans ce contexte et dans le prolongement de la réforme agraire de 2006 que se situent la loi de 2016 et le décret de 2019 rendus responsables des incendies à l’été 2019. Sans démanteler brutalement l’agro-business du sud-est bolivien hérité de tous les gouvernements antérieurs à 2006, mesure qui aurait dangereusement ébranlé l’économie de l’un des pays les plus pauvres d’Amérique Latine, il ne s’agissait que de poursuivre l’installation des indiens et des « interculturels » sur des terrains susceptibles de faire vivre convenablement une famille. Or cela ne pouvait se faire sans leur donner l’autorisation de se livrer à des brûlis et à des extensions agricoles aux dépens il est vrai de la forêt; mais ceci de façon limitée et sous un contrôle rigoureux des autorités.

En fait, le gouvernement d’Evo Morales, par le décret 3973 et la loi 741, a cherché à utiliser de façon très contrôlée les ressources forestières du pays afin de développer une agriculture familiale, en parallèle à l’agriculture industrielle, qui soit  susceptible travailler sur des terres moins infertiles que celles de la zone andine ou de redonner un emploi à tout un secteur de la population paysanne de cette région, réduisant ainsi au minimum le nombre de travailleurs au chômage. Il s’agissait, par là aussi, d’assurer la sécurité et la souveraineté alimentaires du pays en fonction du changement climatique comme le recommandait la FAO. Rappelons que la Bolivie, qui présentait une moyenne de taux de chômage de 9,5% avec un fort taux de sous-emploi sur la période 1997-2005, c‑à‑d. avant l’accès à la présidence d’Evo Morales, était descendue en 2017 à 4,5%, soit le taux le plus bas de l’Amérique Latine. Quant au pourcentage de sous-emploi qui atteignait les 27-28% en 2002, il s’est maintenu autour des 15% tout au long des mandats successifs d’Evo Morales.

Face à l’arrivée de ces migrants de l’intérieur et avant même les incendies, les réactions de l’opposition avaient été virulentes. Au début du mois d’octobre 2019, la direction (cabildo) du Comité Cívico Pro-Santa Cruz, avait exigé l’expulsion des “interculturels” installés dans la région de la Chiquitania. Avec son leader, le milliardaire Luis Fernando Camacho, et sa milice paramilitaire (Unión Juvenil Cruceñista), ce parti fascisant avait appelé à chasser ces migrants de l’intérieur au motif qu’ils étaient étrangers à la population camba[52] du département de Santa Cruz, seuls propriétaires de toutes les terres de la région. La Confédération Syndicale des Communautés  Interculturelles Originaires de Bolivie (CSCIOB) par la voix de son dirigeant Felix Ajpi avait rejeté ce qu’elle considérait comme un ultimatum xénophobe, raciste et discriminatoire. Elle rappelait que « la Bolivie est la propriété des 36 nations autochtones qui sont reconnues dans la Constitution politique de l’État et que, par conséquent, personne ne possède de propriété ou de territoire dans l’absolu »[53].

La CSCIOB ajoutait que s’installer sur des terres appartenant au gouvernement était « un droit acquis » et que tout Bolivien avait le droit de s’installer et vivre librement « dans n’importe quelle partie du pays » (ibid )

Quant aux incendies de l’été 2019, les facteurs intentionnels ont été systématiquement ignorés par l’opposition et leurs alliés occidentaux, bien que plusieurs personnes aient été arrêtées accusées d’avoir allumé les flammes a été arrêté. On sait, de même, que de nombreux maires proches de l’opposition n’hésitent pas à autoriser la pratique du chaqueo (déforestation).

5 . Les incendies dans la Chiquitania et les agents d’influence des États-Unis

L’une des figures de proue de l’offensive pour criminaliser le “pyromane Evo Morales” fut sans doute Jhanisse Vaca Daza, qui se définissait elle-même comme une « activiste médio-environnementale » et qui n’était en fait qu’un agent d’influence des USA, spécialement préparée pour mener des campagnes de dénigrement visant à saper les bases de l’État plurinational Bolivien.

Comme l’écrivent les journalistes vénézuéliens de la Misión Verdad[54], Jhanisse Vaca Daza fut l’initiatrice du hashtag #SOSBolivia, la facade informatique de centralisation de messages de son ONG appelée Rios de Pie, financée par l’USAID, dans le but de générer une image négative d’Evo Morales en Bolivie et à l’étranger, en particulier parmi certains mouvements gauchistes du “Nord global” – USA, UE, Grande Bretagne et autres pays anglo-saxons –, et de mobiliser les “activistes climatiques” locaux contre le gouvernement bolivien. Vaca Daza put d’ailleurs bénéficier, outre les multiples fonds octroyés par l’USAID, de la bienveillance de pays « ayant une tradition d’ingérence, comme l’Espagne », pays qui alla jusqu’à « parrainer une conférence que Vaca Daza donna sur la plateforme numérique TEDx (Technologie, Divertissement et Design) et qui portait sur la  » lutte stratégique non-violente  » pour renverser Morales» (ibid).

Dans cet exercice de manipulation de l’opinion publique à la faveur d’une catastrophe naturelle, on citera de même le gouvernement de Santa Cruz et la mairie de San José de Chiquitos qui limitèrent leur action à réclamer un soutien international en feignant d’ignorer les efforts que faisait le gouvernement en ce sens. Une tactique de harcèlement proche de celle d’Angélica Sosa Arreaza, présidente du Conseil Municipal de Santa Cruz et dirigeante du groupe Santa Cruz para Todos, un mouvement représentatif de la bourgeoisie blanche de la région, qui se répandit en violentes critiques contre le gouvernement dont la torpeur blâmable aurait favorisé la propagation des incendies.

Inutile de préciser que la même Angélica Sosa Arreaza, après avoir abandonné sa position prétendument centriste – « à gauche de la droite et à droite de la gauche » – qu’elle affichait au moment des incendies, se rangera sans complexes deux mois plus tard aux côtés de la junte putschiste présidée par l’usurpatrice fasciste Jeanine Áñez.

Toujours dans un registre similaire, il faut mentionner le flot de propos haineux de l’influent journal Página Siete, d’orientation droitière malgré ses dénégations. Cette publication qui appartient à la richissime famille Garáfulic, subitement convertie à une écologie de circonstance, avait déjà, avant même le départ des incendies, multiplié les articles pour condamner la politique d’expansion de la frontière agricole menée par le gouvernement. De même, étonnamment ralliée un improbable anticapitalisme, lui aussi de circonstance, Página 7 avait tempêté contre certains secteurs de l’agro-industrie  et de l’agro-élevage qui auraient profité des mannes de l’État Plurinational Bolivien.

6 . Écologie, “eco-influenceurs” et show business à la rescousse de l’opposition

En Bolivie toujours, près de 80 organisations “écologistes” boliviennes – dont les membres se comptent souvent sur les doigts d’une main – dressèrent le portrait de l’état plurinational d’Evo Morales en régime criminel, endurci dans ses vices destructeurs de l’environnement. Un discours, il faut hélas l’avouer, qui trouva un écho immédiat et totalement acritique dans une grande partie des mouvements écologistes occidentaux.

Un mois et demi avant les élections (!) on assista donc à une éclosion de “défenseurs de l’environnement” grimés en défenseurs d’un écosystème bolivien menacé de ruine. Parés des ornements d’un journalisme écologique d’investigation dont ils revêtirent les oripeaux par un travestissement inopiné, les médias de Santa Cruz inondèrent sans nuances et sans vergogne les réseaux sociaux (Facebook, Whatsapp, Instagram,…) à coups d’images-choc – réserves naturelles réduites en poussière, cadavres d’animaux brûlés vifs … –, ceci pour attiser colère des populations contre le gouvernement (opérations “Ríos de Pie”, #SOSchiquitania, #SOSBolivia, #PrayforAmazonas…).

Cette propagande destinée à préparer le coup d’état fasciste put encore compter sur des “eco-influencers” appartenant pour une minorité au monde scientifique, comme Ángela Núñez du Collège de Biologie de la Paz. Un autre biologiste, Miguel Crespo, directeur de l’ONG écologiste bolivienne Probioma – la fondation privée Productividad ; Biósfera, Medio Ambiente dont le siège est encore une fois à Santa Cruz– , qualifia Evo Morales de « plus grand destructeur de la nature » [« mayor destructor de la Naturaleza »], l’accusant du même coup d’avoir favorisé les “interculturels” et les “cocaleros” apparentées au MAS, c.‑à‑d. les millions de paysans indigènes ou métis des hauts plateaux andins venus s’installer sur les terres basses de l’est du pays en se livrant à l’agriculture, y compris à celle traditionnelle de la feuille de coca[55]. Une manière quasi xénophobe des populations prétendument “blanches” de la Media Luna (les Cambas) – pour ne pas dire raciste ­ de rejeter la faute des incendies sur les Qhollas : ces gueux indigènes et interculturels venus de l’altiplano. Sur sa lancée, Probioma rendit aussi responsable des organismes officiels comme l’ABT (Autoridad de Bosques y Tierra) et l’INRA (Instituto Nacional de Reforma Agraria), accusés de complicité avec le gouvernement[56].

Ces « experts » ont été rejoints par une très grande majorité à l’élite du show-business bolivien. La traque anti-Morales fut menée par des présentatrices vedettes de chaînes télévisuelles boliviennes, des top-modèle (hommes et femmes), des actrices, des journalistes influents : Ximena Zalzer, Anabel Angus, Marco Antelo, Romy Paz, Estefanía Limpias, Gustavo Lozada, Lizbeth Mendoza, Blanca Padilla, Carlota Bruna, Ismael Cala, Valeria Hinojosa, Jon Kartajarena…

Dans le sillage de Jhanisse Vaca Daza, l’une des personnalités les plus virulentes dans cette entreprise calomnieuse, à base de média-mensonges (fake-news en langage globish), fut l’égérie presse santacrucienne :  Ximena Zalzer, ex-reine de beauté du carnaval de Santa Cruz en 2001 et présentatrice vedette à la TV Bolivienne Red Uno (dont le siège est également à Santa Cruz), où elle a fait carrière dans des émissions de reality-show avant de rejoindre la campagne de hashtag #SOSChiquitania.

Toute la bourgeoisie “glamour” à paillettes de Santa Cruz reçut aussi le renfort de milieux interlopes, peuplés d’affairistes ayant fait fortune dans le marketing – tel Jurgen Klaric, un gourou americano-bolivien dont les cartes de visite vantent les excellences du “capitalisme pour les nuls”, tout en faisant payer cher ses conseils de « meilleur vendeur du monde » ainsi que sa maîtrise de la technique des “neuroventes” qui promet aux boliviens de “réussir dans la vie en devenant riche” (prière de mettre sa langue entre ses dents pour ne pas éclater de rire )[57].

En résumé, une authentique guerre désinformationnelle de quatrième génération contre Evo Morales fut déclenchée à la faveur des incendies.

Entre deux apitoiements ostentatoires sur une Chiquitanía en proie aux incendies, ces petits clans issus de la meilleure bourgeoisie “blanche” de Santa Cruz, n’eurent rien de plus pressé que d’accuser le gouvernement d’une inaction criminelle et réclamer que l’on conduise illico le “pyromane Evo Morales” devers ses juges. En quoi ces Tartuffes se montrèrent fort habiles à se faire pleurer l’âme, sous leurs étiquettes écologistes, sociétales ou “droit-de-l’hommistes”

7.    Une facette des guerres de quatrième génération : la guerre de l’information

Tout ce beau monde mit ses “compétences” au service d’une guerre de l’information à coups d’images vidéos destinées à choquer (terrains ravagés, animaux morts dans les incendies ;..) que sont venus renforcer des tweets “incendiaires”, si l’on nous permet l’expression. C’est ainsi qu’Evo Morales fut rendu seul responsable des feux de forêts, d’aucuns osant même le qualifier de « plus grand criminel de notre histoire »[58].

Tout au long de seconde quinzaine d’août, l’opposition fasciste organisa des protestations de rues à caractère insurrectionnel, des rassemblements à La Paz, Sucre et à Potosi (25 août), dirigées contre Evo Morales en exigeant l’intervention directe d’ONGs étrangères, y compris celle de la fraction pro-impérialiste de l’OEA pilotée par l’homme de paille des USA : Luis Almagro. De nouveau, Ximena Zalzer et Jurgen Klaric profitèrent de ces défilés pour se pousser du col et apparaître sous les traits de défenseurs intransigeants des questions environnementales.

Tous ne faisaient que suivre les directives d’agents d’influence nord-américains patentés, telle Jhanisse Vaca Daza, qui malgré leur nationalité bolivienne dirigeaient tantôt en sous-main, tantôt ouvertement les manœuvres de déstabilisation du gouvernement légitime d’Evo Morales. Suivant les pas de Vaca Daza, Violeta Ayala, cinéaste ”jet-set” boliviano-australienne, s’efforça pour sa part de diviser les populations originaires, de les opposer les unes aux autres, fidèle à la maxime selon laquelle il faut diviser pour régner.

D’où, la théorie fumeuse de qui valorise les Guaranis du sud bolivien et certains groupes d’indigènes de la partie est du pays pour leur respect de l’environnement et de l’écosystème en se contentant de subvenir à leurs seuls besoins alimentaires. En contraste avec ces populations qui exerceraient un impact très minime sur les trésors naturels boliviens, Ayala fustigeait  « les membres des cultures Quechua et Aymara » – la majorité dans le pays – que la loi 741 et le décret 3973 a encouragé à quitter les régions infertiles des Andes pour s’installer sur les terres basse de l’est Bolivie (Sant Cruz, Beni,.…) « avec l’idée qu’ils doivent « travailler »  (trabajar) le sol pour manger », ce qui serait contraire à la vision Guarani et amazonienne selon laquelle il faut « prendre un soin » (cuidar) parcimonieux du sol et de l’écosystème pour se nourrir[59]. À suivre le diagnostic de cette « eco-influenceuse » dont les élites occidentales raffolent, ce serait l’émigration intérieure aymara et quechua qui aurait été à l’origine des incendies de la Chiquitania du fait, sinon de son incurie agricole et des dommages qu’elle cause à l’écosystème de la Media Luna – en premier lieu par leur pratique des brûlis.

À partir de là tout s’enchaine : les textes législatifs 741 et 3973 ont été les déclencheurs de la catastrophe et la responsabilité ultime retombe sur le gouvernement d’Evo Morales qui les ont imposés…. « et voilà pourquoi, madame votre fille est muette »…

Le réquisitoire dû à l’“expertise” de madame Ayala est d’autant plus scandaleux que d’autres “experts”, faisant eux aussi carrière dans la défense des écosystèmes boliviens, adressent des reproches similaires à ces mêmes groupes aymaras-quechuas, lorsqu’ils restent sur leurs hauts plateaux andins. Étant donné que ces régions ont toujours été très peu favorables au développement de l’agriculture, les populations indigènes aymaras et quechua se sont tournées tout naturellement vers les richesses minérales dont regorge la Cordillère des Andes (or, l’argent, l’étain, zinc, antimoine, arsenic, cadmium, lithium…). De là, les discours réprobateurs des mêmes experts qui, à leur tour, enjoignent aux indigènes de la zone andine d’abandonner toute activité liée à l’industrie minière au motif qu’elles entraîneraient des effets négatifs du point de vue écologique et sanitaire.

À l’occasion des incendies de 2016, la majorité indienne de la population bolivienne se voit donc, d’une part, placée dans la position de principale accusée et quasiment mise en demeure d’abandonner tout espoir de retour sur les terres basses de l’orient bolivien dont elles furent chassées sauvagement au XVIe siècle et d’autre part de rester sur leurs hautes montagnes pour y vivre de l’air pur et des grand vents, en renonçant à chercher leur pitance dans l’industrie extractive de matières premières. Pour lot de consolation, elles pourront toujours prier la Pachamama de combler magiquement le manque de subsistance.

En vérité un capitalisme vert, à la vérité de plus en plus verdâtre, somme les peuples originaires qui vivent sur l’altiplano de se consacrer à de maigres cultures vivrières sur des territoires désertiques et pratiquement  improductif du point de vue agricole, laissant ainsi en déshérence de vastes terres inexploitées ou en friches sur le versant est du pays, au prétexte de la protection de la biodiversité. Une aubaine pour les vautours du grand capital impérialiste transnational, toujours en recherche de terres vierges où ils puissent s’abattre en toute quiétude !

8.    Nouveaux renforts “humanitaires” pour l’opposition : les ONGs et les médias occidentaux

 Lorsqu’à la mi-août les incendies prirent de l’ampleur, le terrain était donc préparé pour l’opposition fasciste bolivienne. Elle put immédiatement compter sur l’appui d’ONGs nord-américaines affichant des préoccupations environnementales (Avaaz, Amazon Watch…) qui leur servent d’alibis humanitaires pour mener des guerres de quatrième génération au profit de l’impérialisme occidental[60]. Fondée par Thor Halvorssen Mendoza, cousin du grand patron vénézuélien Lorenzo Mendoza, la Human Right Foundation dont le siège est à New York engagea des moyens considérables pour inciter les “démocraties” occidentales à mettre Evo Morales en accusation sous le chef de crime contre l’écologie. D’autres groupes comme Extinction-Rebellion, autre masque de carnaval de l’impérialisme, organisèrent des manifestations devant les ambassades boliviennes à l’étranger[61]. Claire Wordley, conférencière et activiste en vue de ce groupe se déchaîne sur son site contre l’“incendiaire” Evo Morales et ceux qui le soutiennent[62]. Dans un autre article intitulé « Incendies en Amazonie : les Boliviens réclament des comptes à Evo Morales », elle reprend en copié-collé tous les griefs de l’opposition fasciste bolivienne à propos des incendies dans la Chiquitania[63]. Comme l’écrit Cassandra Howarth, Wordley et Extinction-Rebellion « recyclent le même manuel de tactique impérialiste qui a été utilisé lors des récentes attaques contre le Venezuela, Cuba et le Nicaragua – la soi-disant Troïka de la tyrannie »[64]. Dans un autre texte de la fin août ou début septembre 2019, Wordley, au nom de l’écologie, allait jusqu’à s’ingérer sans pudeur dans les conflits politiques boliviens et prenait net parti en faveur de l’opposition fascisante souhaitant implicitement une défaite d’Evo Morales aux élections qui s’annonçaient :

« Les prochaines élections présidentielles en Bolivie, qui se tiendront en octobre, offrent une nouvelle occasion de préserver son étonnant patrimoine naturel. Les politiques antérieures à cet égard ont été contradictoires et certaines ont eu des effets négatifs sur les zones protégées et les populations autochtones […].Nous demandons que les débats présidentiels consacrent du temps à la politique environnementale dans un pays aux valeurs fortement pro-naturelles. Nous voulons également faire correspondre la rhétorique verte à des actions concrètes »[65].

À la fin août, alors que les incendies avaient considérablement diminué, la campagne « Evo Morales = pyromane » prit un nouveau tour lorsque le Président bolivien et l’ambassadeur chinois célébrèrent à Santa Cruz l’exportation du premier chargement de viande de bœuf en Chine. Amnesty International, autre faux nez de l’USAID et des services secrets US, aidé par une troupe d’“éco-influenceurs” liés étroitement à l’opposition fasciste sonna immédiatement un nouvel hallali. Procédant par la technique éprouvée de la juxtaposition – incendies = résultat du décret 3973 = déboisement = nouveaux pâturage = extension des cultures de soja = développement de l’élevage bovin = incendies…– Amnesty International somma le gouvernement bolivien de cesser tout commerce alimentaire avec la Chine alors qu’elle venait  de signer un accord avec le gouvernement bolivien portant sur une exportation de viande pour un montant de 800 millions de $ jusqu’à 2030[66].

Une grossière ingérence impérialiste qui se gardait bien d’évoquer la nécessité pour la Bolivie de réduire son déficit commercial élevé. Dans une économie mixte telle que la connaît la Bolivie, avec rééquilibrage entre le secteur étatique et le secteur privé, le développement de ce dernier, notamment dans un Oriente bolivien traditionnellement tourné vers l’élevage, ne peut être négligé, quitte à se voir reprocher par les croyants de l’éco-catastrophisme de trop céder à ce qu’ils nomment l’“agro-industrie”. La situation dans l’est du pays (provinces de Santa Cruz, ou du Beni) est caractérisée par de forts contrastes : une oligarchie “blanche” urbaine dont la fortune repose sur des activités improductives et parasitaires (médias, TV, radios, industrie du divertissement, tous généralement d’une qualité plus que médiocre), une oligarchie terrienne, productive celle-ci, dont les revenus sont depuis très longtemps fondés sur l’élevage et enfin une masse paysanne qui était encore jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, entièrement dépendante de ces grands propriétaires d’haciendas. 

Le cas de la province amazonienne pauvre et isolée du Beni voisine du département de Santa Cruz est particulièrement éclairant pour comprendre une action à double face, où le gouvernement ménage les grands exploitants agricoles tout en s’efforçant d’améliorer les conditions de vie et de travail des petits paysans, parfois encore réduits à la condition de péons. Dès l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales, l’État plurinational est intervenu en leur faveur comme cela n’avait jamais été fait auparavant, quitte à mécontenter les riches ganaderos de la région, ces grands propriétaires d’élevages bovins et porcins.

Énumérer les accusations sur le même registre qui se multiplièrent dans les pays occidentaux aboutirait à un compte sans fin. Une petite bourgeoisie bien-pensante, farouchement anti-progressiste et bien sûr anti-communiste fit ses choux gras des (dés)informations en provenance de l’opposition bolivienne. Toute honte bue, elle fit un usage intensif de la technique fort appréciée du copié-collé. Le « déjà-vu », les répétitions de seconde, troisième ou quatrième mains devinrent la règle.

Les incendies en Bolivie, offrirent également à de nombreux  mouvements se réclamant de l’écologie l’occasion inespérée d’instruire le procès de l’État plurinational Bolivien pour sa propension à favoriser, selon eux, un’“extractivisme” (gaz, pétrole, mines, lithium…)[67] et une agro-industrie au détriment d’une économie “durable”, “renouvelable”, “respectueuse de l’environnement”…

Une énième injonction du business environnemental et de la “bobo‑écologie” à l’adresse des peuples non occidentaux, notamment aux populations originaires, indigènes ou métis, d’avoir à se cantonner dans des “réserves indiennes” où les individus pourront goûter les plaisirs d’une nature (phusis) paradisiaque à l’abri des dégâts causés par l’artifice (technê).

L’écologie bourgeoise occidentale s’est d’ailleurs bien gardée d’instruire le même réquisitoire infamant envers les États-Unis que celui qu’elle s’est acharnée à dresser contre la Bolivie d’Evo Morales. On ne se souvient pas que les différents paravents environnementaux sous lesquels se cache l’éco-impérialisme aient exigé une ingérence étrangère lors des gigantesques incendies en Australie en décembre 2019 et janvier 2020 comme ils le firent pour la Bolivie. On n’a pas non plus souvenance qu’ils aient exigé les USA de venir à résipiscence lorsqu’entre le 1er janvier et le 8 octobre 2015, 51.110 incendies se déclarèrent et brûlèrent 4,55 millions d’hectares comme l’indique le National Interagency Fire Center sur son site internet, soit l’équivalent de la surface de l’Estonie. En 2014, sur la même période, le bilan avait été de 1,24 million d’hectares de forêts, prairies, cultures partis en fumée. Mais entre 2005 et 2014, la surface moyenne détruite annuellement entre le 1er janvier et le 8 octobre était de 2,58 millions d’hectares. Le record fut battu en 2006 avec près de 4 millions d’hectares incendiés.

VI. Réponse à l’accusation nº3 : Evo Morales un président “machiste”

Libération, le journal des bobos parisiens, ouvre un article de François-Xavier Gomez sur le golpe par une photo des opposants à Evo Morales accompagnée d’une légende qui a valeur de commentaire flagorneur : « Dans les rues de La Paz, dimanche, des manifestations de joie ont suivi l’annonce de la démission du président bolivien ». Après avoir dû reconnaître, contraint et forcé, une économie qui a « le vent en poupe » et des « inégalités sociales en forte baisse », le journaliste s’attarde sur ce qu’il considère comme des échecs de l’État Plurinational sous Evo Morales. L’éducation serait en « en demi-teinte ». Certes l’analphabétisme a considérablement reculé mais « l’éducation publique est souvent critiquée, et accusée [par qui ?] d’imposer un enseignement idéologique. La moitié des parents [lesquels ?] préfère scolariser ses enfants dans l’enseignement privé ».

Après ces préliminaires, François-Xavier Gomez en vient au cœur de son attaque : Evo Morales serait un conservateur en matière sociétale, ayant rendu illégal l’IVG. Le journaliste ignore (délibérément ?) les propositions de lois déposées par le MAS en 2005 pour la légaliser – bien que ces tentatives n’aient pas aboutit en raison de l’obstruction farouche de l’opposition, des milieux catholiques et évangélistes et surtout d’une opinion publique, toutes tendances confondues, encore très mal préparée à accepter ce changement radical et menaçant d’utiliser la force pour qu’il n’ait pas lieu. Pour finir, l’auteur lance le coup de pied de l’âne à Evo Morales qui se serait signalé par son comportement homophobe et sexiste (!). Et peu importe à François-Xavier Gomez de citer à l’appui de ses dires des textes qui seraient probants. On laisse le lecteur sans aucune référence qui pourrait ouvrir un débat critique sur ce sujet majeur. Il n’apprendra même pas que l’Assemblé Nationale bolivienne jusqu’au coup d’état était  composée à plus de 50% de femmes[68]

Le plumitif de Libération aurait pu, il est vrai, renvoyer à la phrase difficilement acceptable à certaines oreilles occidentales qu’Evo Morales prononça en 2010 à l’ouverture de la Conférence Mondiale sur le Changement Climatique et les Droits de la Terre Mère (Conferencia Mundial sobre el Cambio Climático y los Derechos de la Madre Tierra), dans la ville de Tiquipaya, Cochabamba ; « Le poulet que nous mangeons est chargé d’hormones féminines. Donc, quand les hommes mangent ces poulets, ils ont des déviations dans leur être en tant qu’hommes » [« El pollo que comemos está cargado de hormonas femeninas. Por eso, cuando los hombres comen esos pollos, tienen desviaciones en su ser como hombres »].

Cette affirmation est sans doute regrettable et malheureuse dans sa formulation mais ne révèle aucune haine envers l’homosexualité, mais bien plutôt une crainte partagée par la très grande majorité des masses populaires en Amérique Latine de transformations non voulues de l’intégrité physique sous l’effet de manipulations chimique alimentaires. Qu’on le déplore ou non, Morales, un homme issu des couches populaires les plus défavorisées de Bolivie, parlait à cette occasion la même “langue” que celle de son peuple. Au demeurant, cette opinion exprimée, emporté par le feu une allocution en partie improvisée, a été largement compensée par la promulgation de la loi n° 807 sur l’identité de genre du 21 mai 2016. Une loi qui respecte et garanti les droits de quiconque en bannissant toute discrimination dans les documents publics et privés. Malgré le rejet par de larges pans du monde du travail et de plusieurs communautés indigènes et malgré la perte d’influence qui s’en est suivi dans certaines parties de cette population, Morales a imposé la 807 qui a octroyé une sécurité totale à la population lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et Intersexuel (LGBTI). Elle a normalisé leur situation en établissant pour la première fois de l’histoire de la Bolivie des droits à changer de sexe et de nom propre. Depuis, la communauté LGBTI peut exercer pleinement son droit à l’identité de genre.

Quant au sexisme proprement dit d’Evo Morales, il s’agit tout simplement de ragots malveillants même s’il n’a jamais caché un penchant pour le sexe opposé. Outre les utilisations calomnieuses de l’“affaire” Gabriela Zapata par l’opposition, celle-ci ne rate pas une occasion pour ternir la réputation du dirigeant indigène.

En février 2012, à l’occasion du carnaval d’Oruro, un trio de musiciens amateurs interpréta des “coplas” d’une teneur “rabelaisienne” en sa présence au milieu d’une foule particulièrement dense. On sait qu’il est de tradition dans toutes les manifestations carnavalesque, comme l’a excellemment montré Mikhaïl Bakhtine pour l’époque médiévale, que les classes populaires profitent de l’opportunité pour  lancer des volées de  sarcasmes à endroit des autorités.

Il n’en va pas autrement en Bolivie où la tradition des taquipayanakus – couplets caustiques et souvent gentiment grivois – fait partie d’une authentique culture populaire. À Oruro, dans un couplet chanté par le petit orchestre on put entendre des paroles telles que ;

« ce président au bon cœur enlève leur culotte à toutes les femmes » (« este presidente de buen corazón a todas las mujeres les quita el calzón »).

Or, contrairement à ce que l’opposition et ses prolongements “féministes” répètent à l’envie, un examen attentif de la vidéo enregistrée lors de cette festivité[69] montre qu’Evo Morales, bien qu’amusé, ne reprend à aucun moment ces paroles.

Il n’en fallait pas plus pour les femmes de la grande bourgeoisie néo-fasciste de Santa Cruz qui déguisent leur haine du populaire sous un féminisme bien-pensant se hâtent de crier au scandale, en dénonçant le “machisme” intolérable du président, telle la future usurpatrice raciste Jeanine Áñez qui fustigea des chants « grossiers, déplacés, et un manque de respect envers les femmes »[70]. Elles reçurent le renfort de l’organisation anarcho-lesbienne de María Galindo et de son groupuscule “punk”, Mujeres Creando, qui, lorsqu’elles se lassent d’habiller Evo Morales en abominable dictateur machiste et homophobe,   tentent d’importer en Bolivie le fanatisme bourgeois du “parler correct” propre au féminisme nord-américain et occidental. C’est ailleurs sans étonnement qu’on retrouvera María Galindo aux côté des putschistes en octobre 2019 pour dénoncer le “fraudeur” Evo Morales, transformer le  sanglant coup de force fasciste en un héroïque soulèvement populaire (!)[71] et s’afficher le 11 novembre sur le site de BBC Mundo pour dénoncer non pas le golpe mais une fois de plus l’homophobie supposée d’Evo Morales, tandis que sa comparse, Jhanisse Vaca Daza refaisait un tour de piste sur le même site pour dire tour le mal qu’elle pensait du dirigeant aymara lors des incendies de la Chiquitania[72]

On notera, au reste, que la tradition carnavalesque des taquipayanakus laisse toute liberté aux femmes et leur fait même un devoir  de répliquer sur le même ton caustique et fortement sexualisé que les hommes. Ce que Narduy Suxo, ministre à l’époque de la Transparence contre la Corruption, mit à profit pour entonner à son tour un couplet, toujours au second degré, tout aussi égrillard, et toujours sous l’œil amusé et bienveillant d’Evo Morales

« Ce président au bon cœur enlève les culottes de toutes ses ministres; notre président est très coquin, il n’en veut qu’une et il en mange trois, notre président est un coureur de jupons et change les filles en deux temps trois mouvements »[73].

Le lecteur pourra consulter de même une autre vidéo très représentative de ce carnaval rabelaisien à la bolivienne où les réjouissances musicales donnent lieu à des compétitions populaires de coplas entre petits orchestres masculins et féminins qui se traduisent par une aimable petite guerre des sexes, pour le plus grand plaisir des deux camps. Dans l’hilarité générale, chanteurs et chanteuses se répondent du tac au tac avec des paroles que la décence nous interdit de rapporter ici[74].

S’agissant du “machisme” invétéré que certains attribuent à Evo Morales, il ne s’agit ni plus ni moins que de transposer en Bolivie la traque au “parler correct” qui sévit de Hollywood aux beaux quartiers de Paris. D’où des extrapolations funambulesques, incapables de pardonner la moindre expression ou phrase provenant des couches populaires pour peu qu’elle fasse de l’ombrage au sabir impérialiste qui bourre les crânes en toute impunité, fussent-elles au premier ou au second degré. D’où l’invasion d’une novlangue ubuesque (outre l’écriture dite “inclusive”, l’introduction en français de termes tels que “sans papières”, “fammage”, etc à côté de “sans papier”, “hommage”…)[75]. D’où encore des censures absurdes, comme en Catalogne, qui amènent à supprimer d’une bibliothèque scolaire Le Petit Chaperon rouge pour cause de …stéréotypes sexistes !

Si l’on en croit quantité de sites sur le Web et de commentaires sur les réseaux sociaux, lors d’une cérémonie à l’automne consacrée à la remise d’ambulances  en milieu rural dans le département de Pando, Morales se serait laissé aller à une plaisanterie que toute un(e) chacun(e) était libre de ne pas apprécier mais qui, en première lecture ne portait pas à conséquence, n’était l’emploi du mot « inférieures » appliqué aux femmes :

« Depuis la création du monde, Dieu était un homme. Je me refuse à penser pourquoi tous les leaders sont du sexe masculin ; camarades ne pensez pas du mal des femmes parce que, pas toutes, mais presque toutes, sont inférieures aux hommes»[76].

Il faut préciser qu’il est à peu près certain que la phrase incriminée est soit une fausse information (fake news) dont la nature apocryphe vise à porter préjudice à l’adversaire, soit a été tirée de son contexte et réaménagée comme le ferait  un faussaire En effet, il n’existe à notre connaissance aucune vidéo ni aucune transcription intégrale de l’entretien dont il est question. Après un examen minutieux des sites qui répercutent ces propos du dirigeant aymara, on peut affirmer que toutes renvoient en copié-collé à une mystérieuse Coalición de Colectivos de Derechos Humanos de Bolivia, mais dont le nom – “Colectivos” – pointe indiscutablement du côté des Comités Cívicos ultra réactionnaires de Santa Cruz. Le relais a été immédiatement pris par Resistencia Femenina, une plateforme internet crée à Santa Cruz pour s’opposer à la réélection d’Evo Morales.[77]

Quoi qu’il en soit, la toile du Web fut ensuite saturée de messages qui rivalisèrent ad nauseam dans l’ostentation d’une extrême indignation qui cachait mal la volonté de nuire au dirigeant indigène et à sa politique progressiste et d’ajouter, du même coup, une nouvelle arme idéologique au coup d’état en préparation. À cette occasion, l’ire anti-Morales atteignit des sommets.

Pour comble, les faussaires qui sont probablement à l’origine de cette boutade attribuée à Evo Morales sont des maladroits qui ratent leur cible en raison même de l’ambiguïté qui caractérise les propos qui luis sont attribués. De fait, la locution « parce que » pourrait être un quasi synonyme de « au prétexte que ». Idem pour le mot « inférieures » que l’on rapporterait aisément à la taille physique et non à une quelconque “infériorité” des femmes. Ce faisant, le pseudo Evo Morales, bien loin de se livrer à des propos machistes, mettrait au contraire en garde ses camarades du MAS de ne pas s’y livrer. Conclusion : les manipulateurs / manipulatrices auraient lancé un boomerang qui leur ferait retour pour dénoncer leur imposture.

Les aspects sexualisés de ces manifestations carnavalesques dont on ne trouve que de très rares échos chez Evo Morales, toujours au second degré et sans traces d’une quelconque misogynie, ne doivent évidemment pas être confondus ou mis sur le même plan, comme le fait l’opposition aidée par certaines organisations féministes qui lui sont proches, avec l’inquiétant taux de violences faites aux femmes en Bolivie, un pays qui souffre d’un taux important de féminicides.

Les gouvernements successifs d’Evo Morales ont toujours été conscients de cette réalité. Ils n’ont jamais essayé de la dissimiler. Tout au contraire : ils ont fait de nombreux efforts pour remédier à cette violence endémique dont les origines remontent bien au-delà de la première mandature de Morales en 2006. En témoigne la loi 348 de 2013, – la « Ley Integral para Garantizar a las Mujeres una Vida Libre de Violencia » qui fait du féminicide un délit spécifique passible des sanctions les plus sévères (prison à vie). En Juillet 2019, le gouvernement a renforcé encore les mesures contre ces actes criminels et déclaré que lutter contre ce fléau devenait une priorité nationale

VII. Réponse à l’accusation nº4 : Les élections présidentielles d’octobre 2019 en Bolivie seraient frauduleuses. Evo Morales aurait volé sa victoire à Carlos Mesa, candidat du principal groupe de l’opposition (Comunidad Ciudadana, CC).

1.    Les faits

Evo Morales est arrivé largement en tête du premier tour de l’élection au soir du 20 octobre. Ce premier résultat portant sur 83% des votes donnait un pourcentage de 45,28 % en sa faveur et de 38,15 % pour son adversaire, une différence de 7, 15 % – ce qui aurait conduit à un second tour s’il s’était agi de résultats définitifs. Cependant, 17% des bulletins de vote émanant de zones rurales reculées n’avaient pas encore été pris en compte, en raison de difficultés de communication pour transmettre les résultats (système internet très lent et souvent défaillant dans ces régions encore sous-développées en matériel informatique malgré de gros progrès accomplis par le gouvernement d’Evo Morales). Contrairement à ce que s’est dépêché d’affirmer l’opposition et ses alliés pro-yanquis au sein de l’OEA, il n’y a eu aucun blocage, aucune interruption volontaire dans la transmission des résultats. C’est un mensonge grossier que reprend encore Le Monde du  21 octobre 2019 qui ne cache pas son parti pris en faveur de l’extrême droite factieuse bolivienne en écrivant que l’Organe électoral plurinational (OEP) aurait « interrompu la transmission des résultats, générant des doutes sur la transparence du processus ».

La vérité est qu’au soir du 20 octobre, les résultats n’étaient que partiels et provisoires. Le 21 octobre, le Tribunal Suprême Electoral (TSE), affinait les résultats en comptabilisant 95,3% les bulletins de vote et donnait 46,87 % des voix à Morales contre 36,73 % à Mesa. Ce qui portait la différence à 10,14 % et permettait constitutionnellement au président sortant d’être élu au premier tour. Un écart confirmé par les résultats définitifs : 47,08 % contre 36,51 % et une différence portée à 10, 57 %. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ce sont bien les votes des bourgs, villages et régions rurales à majorité indigène qui ont permis cette inflexion modérée mais décisive et sans trucage en faveur d’Evo Morales.

Tous les médias­-aux­-ordres qui ne cessent de hurler à la fraude pour mieux faire oublier les actions odieuses des factieux néo-nazis se gardent bien d’évoquer la une du journal conservateur de droite de Santa Cruz El Deber en date du 30 novembre 2019 et son titre éloquent « Le vote rural et celui des villes intermédiaires donnent l’avantage à Evo Morales au début de la campagne » (« El voto rural y de ciudades intermedias dan ventaja a Evo al inicio de la campaña »)[78].

Le même journal faisait état d’’un sondage réalisé par l’entreprise CiesMori, basée à La Paz, qui donnait 37 % d’intention de votes à Evo Morales contre 26 % à son concurrent principal Carlos Mesa. Soit déjà un écart de 11 points. De plus, dans les détails, le rapport Morales / Mesa était de 23% contre 27% pour la capitale et les plus grandes villes, mais passait à 37% contre 30% pour les villes intermédiaires et jusqu’à 48% contre 18% pour les zones rurales et les petites villes. Il était donc clair, même en faisant l’hypothèse d’une abstention très importantes dans ces régions et en tenant compte d’une marge d’erreur de 2,2% admise par le sondage, qu’Evo Morales n’avait besoin d’aucun recours à une supposée fraude, pour dépasser le 21 octobre 2019 la barre fatidique de 10% le séparant de Carlos Mesa.

Les chiffres sont têtus, comme dit l’adage. Mais peu importe aux médias dominants, tous farouchement pro-impérialistes. Pour eux, il suffit de reprendre sans bénéfice d’inventaire les accusations sans fondements de l’opposition fasciste bolivienne et de ses complices de l’OEA qui ont servi de prétexte pour mettre en oeuvre un golpe préparé de longue date.

2. L’obsession de l’impérialisme de 206 à 2019 : mettre au pas la Bolivie d’Evo Morales

Depuis qu’Evo Morales, ce militant indien du MAS est au pouvoir en Bolivie, tout a été fait pour lui nuire, et plus globalement, pour déstabiliser et anéantir les alternatives anti-impérialistes qu’elles soient bolivariennes au Venezuela ; sandinistes au Nicaragua, socialistes du XXIe siècle en Équateur, la cible ultime étant d’isoler et d’étrangler la Cuba socialiste.

La tentative impérialiste de mettre au pas les pays progressistes de l’ALBA, déjà bien entamée avec l’administration Obama et un parti démocrate resté fidèle à la doctrine prédatrice de Monroe (sous ses oripeaux humanitaires et démocratiques), s’est poursuivi avec l’avènement du trio infernal des docteurs « Fol  Amour » – Mike Pompeo, Mike Pence et John Bolton, récemment écarté – sans doute encore plus belliciste et fascisant que Donald Trump (un grossier et répugnant affairiste milliardaire).

Si Obama avait tout fait pour aider le gouvernement putschiste à réussir au Honduras en juin 2009, s’il avait un mois plus tard conclut un accord de coopération militaire avec Álvaro Uribe Vélez, le narco-président de Colombie, s’il avait poursuivi sa guerre non déclarée contre le Venezuela bolivarien et contre l’Erat Plurinational, l’administration Trump, quant à elle a ciblé à nouveau le Venezuela (tentative de golpe au début de 2019), puis le Brésil, en apportant tout son appui au fasciste brésilien Bolsonaro. Aujourd’hui, elle poursuit la même politique avec les néo-nazis boliviens.

Il est clair que l’impérialisme étatsunien et ses laquais européens se sont lancés résolument dans un processus de fascisation, de guerre impitoyable, d’ingérences et d’agressions tous azimuts contre les gauches, avec l’aide traîtresse des oligarchies locales, avides de revanche contre les pouvoirs patriotiques qui remettent en cause l’ordre néocolonial cher à l’Oncle Sam en Amérique Latine.

3. Choisir clairement son camp

Il est du devoir de toutes les femmes et tous les hommes qui refusent de voir le monde tomber sous la coupe de ce Quatrième Reich en formation de soutenir les militants boliviens qui résistent au coup d’état et de faire connaître l’œuvre considérable en faveur des pauvres et des « indigènes » qu’ont réalisée les gouvernements bolivariens de l’ALBA dans le sillage de Fidel Castro et d’Hugo Chavez.

Il est aussi de choisir clairement son camp, celui de la lutte anti-impérialiste, de la solidarité avec les militants populaires, de soutenir encore plus fort les camarades boliviens, vénézuéliens, nicaraguayens, cubains, sans jamais perdre l’espoir. Car en même temps que l’impérialisme et ses valets oligarchiques fomentent des coups d’Etat fascisants ou carrément fascistes, le combat de classe a repris au Chili et en Amérique latine, notamment en Équateur, au Chili, en Colombie, au Mexique, en Argentine, à l’initiative des forces populaires et de la classe ouvrière.

Non, le peuple Bolivien n’est pas seul. Il est déjà appuyé, avec des moyens encore certes limités comme l’a montré la récente manifestation du 17 novembre à Paris, au Trocadero. D’autres initiatives similaires se développent dans de nombreux pays européens ainsi qu’aux États-Unis même. Des manifestations massives ont dans toutes l’Amérique Latine. Les dirigeants du Mexique, de l’Argentine, du Venezuela, de Cuba, du Nicaragua, de l’Uruguay (Frente Amplio), de la Communauté caribéenne (Caricom) rejettent le coup de force fasciste-raciste.

Héroïque, le peuple Bolivien résiste partout y compris dans la capitale La Paz et dans la ville voisine de El Alto. Les militants antifascistes, les mouvements sociaux, les organisations syndicales, les classes laborieuses des et quartiers populaires, quelle que soit leur couleur de peau, défient les bandes armées criminelles venues de la région « blanche » de la province sudiste de Sucre en criant «¡ Evo, Vuelve !» (Evo, Revient !) et en brandissant courageusement la Wiphala, le drapeau andin indigène symbole de l’état plurinational, que les fascistes de Santa Cruz cherchent partout à brûler car les gouvernement d’Evo Morales lui avaient accordé un statut officiel au côté du drapeau “criollo” tricolore.

VIII. Des accusateurs mis en accusation : le golpe en Bolivie revu et corrigé selon le récit des médias, des élites et des médias occidentaux

Avec la complicité ou le silence de la droite, des lepénistes, d’une grande partie de la (fausse) gauche, d’une fraction non négligeable des écologistes et bien sûr de la totalité de la presse radiophonique, télévisuelle ou informatique, le fascisme raciste et néo-nazi s’installe chaque jour davantage en Bolivie. Après le coup d’état, il peut compter sur la discrétion et l’appui tacite de tous les régimes dits « démocratique » qui se situent dans l’orbite du maître nord-américain.

1.    Médias complices

Il faut le dire et le redire. Les médias français sont complices des nazillons racistes de Bolivie. Tous sont des médias-menteurs qui ne se gênent pas pour prendre plus ou moins ouvertement le parti des putschistes, moyennant quelques réserves qui ne portent pas à conséquence. Si leurs propos ne se recouvrent pas toujours intégralement, ils présentent néanmoins plus que des intersections

Ouest-France a le culot de déclarer que Jeanine Áñez « tente de pacifier le pays » (sic). Les Échos affirme que « la communauté internationale met en doute la réélection d’Evo Morales », la communauté internationale se réduisant, selon ce quotidien de la haute finance, aux USA, à ses satellites de l’UE et au groupe latino-américain dit de Lima qui, bien que minoritaire au sein de l’Organisation des États Américains, conteste systématiquement toute élection qui ne soit pas du goût de son directeur, le répugnant Luis Almagro, et de ceux auprès desquels il prend ses ordre : les « Docteurs Fol Amour» de la Maison Blanche (la fine bande de Trump, Pompeo, Mike Pence…).[79].

Le Monde, dans ses pages internationales,semblerait parfois faire preuve d’un peu plus de retenue. Mais on a vu (cf. supra), que le journal du 21-10-2019 reprenait, sans aucune analyse critique, l’argument central qui a servi de prétexte et de justification au golpe : celui de supposés blocages et d’interruptions brutales des résultats qui prouveraient une manipulation intolérable du scrutin. Ailleurs, Le Monde affiche sans ambiguïté son intention de gommer la nature fascisante des forces qui ont renversé le gouvernement d’Evo Morales. Luis Fernando Camacho est présenté comme un simple « dirigeant régional de droite ». Jeanine Áñez est classée dans le camp de la « droite conservatrice » ; l’“accord de pacification” du 25 novembre  2019 aurait « permis un calme précaire ». Quant au bilan des morts et des blessés antérieurs à cette date, il ne serait que le résultat « des affrontements entre sympathisants de M. Morales et ses adversaires », aggravé tout de même par la « répression des forces armées ». Évitant de prendre parti, le quotidien parle de militants masistes mobilisés pour « dénoncer les mesures d’un gouvernement jugé “fasciste” »[80]

Il en va de même dans le domaine radiophonique. Le sieur Vincent Hervouët qui commente l’actualité internationale sur Europe I dans la matinale de Patrick Cohen ose écrire que « la Bolivie est championne du monde des coups d’Etat» et que «les dénoncer, équivaut à s’indigner de la mafia en Sicile ou des grèves à la SNCF »[81].

Le site de France Infos Infaux reprend lui aussi l’antienne d’un Evo Morales usant de la “fraude” pour sa réélection. Une accusation en provenance directe, comme on l’a vu, des fascistes boliviens et reprise par le sinistre Luis Almagro qui préside l’OEA et qui s’appuie sur une minorité de gouvernements pro US rassemblés dans le Groupe de Lima. Le verdict sans preuves va de pair avec un titre accrocheur : « « aujourd’hui nous pouvons crier que la Bolivie est libre » : dans les rues de La Paz, des milliers de Boliviens crient victoire après la démission d’Evo Morales ». Et France Infos Infaux de s’extasier implicitement sur ces « milliers de citoyens [qui] sont sortis de chez eux pour crier victoire. Beaucoup considèrent être désormais libérés ». Usant et abusant de la “citation-maison”, concoctée ad hoc, le site fait mine de donner la parole au citoyen bolivien de base : « “Le gouvernement est resté au pouvoir plus longtemps qu’il ne l’aurait dû. Mais grâce à l’unité de tous les Boliviens, aujourd’hui nous pouvons crier que la Bolivie est libre !” »[82]

La tendance générale est nette : cachez ces nazillons « que je ne saurais voir ». Dans le marigot médiatique, le mot même de “coup d’état” est systématiquement évité ou attribué au seul Evo Morales et à ses partisans[83].

Á quoi, radicalement s’oppose une déferlante d’émissions, d’informations, d’articles sur les “révoltés” de Hong Kong, sur le “courage” des “traideurs”, affairistes et autres délinquants de la haute finance, tous à la solde du Département d’Etat US, tous nostalgiques de l’ancien statut colonial britannique. De même, France Inter, France Culture, TF1, Antenne 2, Le Monde, Libération, La Croix, etc. n’en finissent plus de s’extasier sur ce mouvement qualifié de « pro-démocratie », avec l’espoir secret qu’il déborde sur l’ensemble de la Chine, renouvelant ainsi les trahisons et la subversion de 1989-1991 dans les pays de l’est européen et en URSS.

Le “printemps hongkongais” tournant au rabâchage et au “déjà vu”, le relais médiatique est pris aujourd’hui par un supposé enfermement de millions de personnes de la minorité Ouigours par le gouvernement chinois. Demain, il s’agira de 5, 6… 10 millions ! « Chez ces gens là » (J. Brel), les chiffres ne comptent pas. Ils sont ad libitum. Les preuves ? : des « images satellites », made in USA, dont on ne fournit au public que de très rares échantillons et dont la fiabilité douteuse, à la limite de l’illisibilité, nécessite le “décryptage” d’un certain colonel de l’armée Indienne à la retraite, inconnu jusqu’ici au bataillon, dont l’unique expertise ferait office de démonstration. Folles espérances : une Chine dépecée de ses régions autonomes (Xinjiang, Tibet, Mongolie intérieure…, qui perdrait jusqu’à 60% de son territoire… !

Autre paravent pour détourner l’attention des citoyens : condamner sans appel, à longueur d’antenne et d’articles “à la une”, l’Irak ou l’Iran qui, certes, ne sont pas sans reproches, mais en répétant la rengaine unilatérale de révoltes « noyées dans le sang » entonnée sur la base d’informations non vérifiées. Bien entendu, ne sont jamais rendues publiques les manipulations et les ingérences manifestes, bien qu’occultes, de l’impérialisme et de son poste avancé israélien pour reprendre le contrôle de l’arc chiite (Iran, Irak, Liban, Yemen…) qui actuellement lui échappe, avec pour programme de remettre en selle le fondamentalisme wahhabite saoudien en tant que second garde chiourme régional, après Israel.

Parallèlement et inséparablement aux efforts pour détourner l’indignation des citoyens sur ces voies de garage, on assiste actuellement à la quasi disparition dans les médias français non seulement d’informations fiables sur le coup d’état fasciste-raciste en Bolivie mais également au sujet des répressions contre les grandes mobilisations populaires qui luttent en Amérique Latine contre l’imposition du modèle néo-libéral étatsunien et européen :

  • Presque plus rien, du moins dans la grande presse audio-visuelle, sur la féroce répression qui s’abat sur les étudiants, les travailleurs, les membres de la communauté Mapuche au Chili. Rien sur la trentaine de morts (chiffre provisoire), sur les milliers de blessés graves, les arrestations par centaines avec des cas de “disparitions” (à comparer avec le zéro morts à Hong Kong[84]).
  • Rien sur les 155 leaders sociaux assassinés par le narco-gouvernement d’Ivan Duque en Colombie. Même désintérêt – il faudrait plutôt parler de censure – à propos de la répression qui s’est abattue dans ce pays depuis le 21 novembre sur les travailleurs en grève qui manifestaient (3 morts, près de 300 arrestations).
  • Silence radio quasi-total encore sur les 200 morts et le très grand nombre de blessés à Haïti lors des protestations au printemps et à l’été  2019 d’une population excédée par la politique de misère imposée par le laquais de Trump, du FMI et de la Banque Mondiale : le président fantoche Jovenel Moise, un gros entrepreneur de la banane, élu malgré une abstention de 80 % de la population et accusé de corruption depuis 2016. Au demeurant, les médias ne font que suivre les princes de ce monde qui prétendent parler au nom d’une « communauté internationale » choisie en fonction de sa compatibilité avec l’ordre impérial. Un groupe dit des “Amis d’Haïti” – comprenant un représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU, des ambassadeurs du Brésil, du Canada, de l’Allemagne, de l’Espagne, des États-Unis, de la France, de l’Union européenne et d’un fonctionnaire de l’Organisation des États Américains (OEA) – se borne à appeler au dialogue tout en réaffirmant son soutien  inconditionnel à Jovenel Moise.

Par ailleurs, une certaine intelligentsia universitaire vient épauler les médias-menteurs de France et de Navarre. Elle leur apporte sa savante “expertise”, censée servir de caution à la litanie de contrevérités répandues sur le golpe bolivien et sur le gouvernement d’Evo Morales.

2.    Elites intellectuelles et universitaires : cachez ce “coup d’état que je ne saurais voir”

a) Franck Poupeau : faux fuyants et baiser de Judas

Adepte des jugements à la Ponce-Pilate qui ménagent la chèvre et le chou, Franck Poupeau, directeur de recherche au CNRS et à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (IHEAL) s’inquiète dans un premier temps « de la dérive autoritaire du gouvernement intérimaire » de Jeanine Áñez. Il pousse l’audace jusqu’à parler de son caractère « meurtrier ». Mais après ces réserves de rigueur, intervient le baiser de Judas. Ayant à choisir entre deux « récits » – “coup d’Etat” ou “révolte démocratique” –, ce distingué spécialiste de la géopolitique des sociétés andines préfère s’engager sur le faux-fuyant d’une « destitution forcée, qui ressemble étrangement à un coup d’Etat ». Une ressemblance qui disparaît immédiatement puisque le golpe n’en serait finalement pas un. En retrait même du Huffington Post qui titrait sans ambiguïté : « Ce que vit la Bolivie n’est pas une contestation populaire mais un coup d’État »[85], Frank Poupeau estime qu’il ne s’agit en définitive que d’un bouleversement politique d’un genre « un peu particulier, civique et politique », étant donné « la dimension en partie populaire et démocratique – du moins à l’origine – du mouvement anti-Morales »(!)[86].

Cet exemple d’un discours universitaire qui, après une entrée en matière entre le zist et le zest pour preuve d’impartialité, se révèle entièrement acquis aux thèses de l’impérialisme occidental, est loin d’être un cas isolé.

b) Psittacisme et sophismes chez Jean-Pierre Lavaud

L’universitaire français Jean-Pierre Lavaud qui aime à se présenter comme un sociologue « observateur et analyste de la vie sociale et politique de la Bolivie et de l’Amérique Latine » inonde son blog Mediapart d’un discours néo-conservateur, qui pourfend invariablement tout ce qui en Amérique Latine résiste à la poussée de l’impérialisme étatsunien. Il nie l’existence d’un coup d’état en Bolivie. Partant de la pétition de principe que la candidature d’Evo Morales était illégale – une thèse dont nous avons démontré plus haut l’inconsistance–, il en déduit que « dénoncer et combattre cette illégalité n’a rien à voir avec un coup d’État ». Bien au contraire, il était urgent de rétablir l’ordre juridique (!). Selon le même auteur :

« les forces armées, militaires et policiers, n’ont pas participé à ce soi-disant coup d’État qui n’est qu’un scénario de victimisation visant à confondre l’opinion nationale et internationale »

Et Monsieur Lavaud, tel un jacassin qui prend son envol pour occuper le perchoir des perroquets, de tresser des couronnes à l’OEA du triste sire Luis Almagro, en reprenant presque stricto sensu les récriminations de la commission d’experts de la même OEA. Tous triés sur le volet en fonction de leur docilité envers le maître nord-américain, ces derniers  avaient déjà exigé avant même la fin du décompte officiel, sans aucun argument recevable, la tenue d’un second tour électoral.

Dans leur rapport préliminaire du 10 novembre 2019, ils ont franchi un nouveau pas en faisant état, sans apporter encore une fois de preuves, « de manipulations du système informatique » de grande ampleur[87]. Un verdict que Luis Almagro a confirmé et rendu lors de la session du Conseil Permanent du 12 novembre. C’est tout cela que Jean-Pierre Lavaud, répète, avec un incroyable aplomb. Il reprend aussi à son compte l’argument de la commission selon lequel ce serait justement l’immensité des prétendues “manipulations” qui expliquerait « qu’elle n’a pas pu vérifier le résultat du scrutin », tout en affirmant « qu’il était statistiquement improbable que le MAS et son leader aient gagné avec la marge de 10% permettant d’éviter un second tour à Evo Morales »[88].

L’“éminent” bolivianiste nous offre ici un sophisme de la plus belle eau. On affirme dans un premier temps qu’on soupçonne l’immensité d’un fait ou d’un phénomène, sans préciser la dimension et la nature exacte des échantillons éventuellement prélevés qui permettraient d’étayer le soupçon en question. Ce premier moment repose donc sur l’idée vague d’une possible étendue quantitative de ce qui est discuté et qui n’a pu être vérifié. D’où un degré de “réalité” fortement diminué. Pour obvier à cet obstacle, dans un deuxième temps, intervient une autre affirmation : celle d’une improbabilité /probabilité qui, elle, aurait valeur de “réalité”. Qui ne voit ici le tour de passe-passe confusionniste qui fait un continuum entre le possible, le probable et le réel. Prière donc à notre bolivianiste “mediapartiste” d’assister à quelques cours de logique ou tout simplement de relire le  Traité de l’argumentation  de Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca. Il y apprendra que la probabilité d’un événement est ce qui s’efforce de persuader – qu’Evo Morales est un odieux personnage, qu’il y a eu fraude, etc. – mais qu’elle n’entraîne aucune conviction rationnelle susceptible de provoquer l’adhésion à la réalité du dit événement.

c) Un trio journalistico-universitaire à l’assaut du “tricheur” : Evo Morales

Le 13 novembre 2019, dans son émission “Un jour dans le monde”, Fabienne Sintes, ex correspondante de Radio France aux USA a infligé aux auditeurs de France Inter Enfer une affligeante présentation de la situation en Bolivie. Sous prétexte de les (dés)informer elle avait fait appel pour l’occasion à Christine Delfour, professeur(e) à l’Université de Marne-La-Vallée et au bolivien Hugo José Hernández, sociologue et chercheur à l’UNAM de Mexico et qui se trouvait en France à l’invitation de l’IHEAL. Deux références majeures apparemment sur la question et dont le sérieux irréfragable acquis par une fréquentation assidue des synopses universitaires ne saurait tolérer une quelconque contradiction. Inutile de préciser que ces deux distingués spécialistes de la Bolivie ne cachent nullement leur antipathie  envers la politique d’Evo Morales[89].

Tout commence par une première question de la journaliste : peut-on parler d’une légitimité de Jeanine Áñez ? Ce à quoi H. J. Hernández s’empresse de répondre on ne peut plus positivement : l’installation de l’usurpatrice s’est faite de manière « très constitutionnelle ».

Bien sûr, lors de son élection, le quorum des députés et des sénateurs n’était pas atteint. Mais au diable ce détail qui risquerait de mettre à mal la thèse de la “légitimité” de madame Áñez. Sur un ton doctoral, Christine Delfour explique que, de toutes façons, la faute en incombe aux députés et aux sénateur du MAS qui auraient décider de ne pas assister à l’investiture de la présidente par intérim sous prétexte que leur protection n’était pas assurée aux alentours de la Chambre des Députés et du Sénat.

Cette abstention librement choisie ne fait aucun doute pour Madame Delfour qui feint d’ignorer que si la présidente du Sénat, Adriana Salvatierra, avait renoncé publiquement à sa charge devant les menaces dont sa famille était victime. Sa décision était également motivée par une volonté d’apaiser la situation, suivant en cela l’exemple d’Evo Morales et de son vice-président. Mais son intention était bien d’être présente au Sénat avec d’autres élus du MAS pour procéder à l’élection sénatoriale de la future présidente ou du futur président. Elle ne désirait nullement laisser le champ libre à l’extrême droite. Or aux abords du sénat, Adriana Salvatierra fut victime de violences. Des gros bras fascistes aidés de policiers en uniforme l’empêchèrent par la force de participer à cette seance cruciale[90].

Fabienne Sintes, pour sa part, ne se prive pas d’apporter de l’eau au moulin anti-Morales que font tourner sans relâche ses deux interlocuteurs. Après avoir exprimé sa certitude que la pseudo-présidence de Jeanine Áñez allait contribuer à « apaiser la rue », qu’on « arrive pour l’instant à cheminer vers quelque chose » (sic), la présentatrice de l’émission tranche : Evo Morales a « vrillé » en se présentant pour un quatrième mandat. Un terme “m’as-tu-vu” – France Inter Enfer oblige !– qui fait une entrée tardive mais fracassante dans le vocabulaire déontologique des médias-mensonges et qu’elle se dépêche d’expliciter sur le ton conclusif d’un président de tribunal : Morales a « triché ; les choses sont claires ». Il a « bafoué » la constitution.

À son tour, Christine Delfour tient à signaler que ce qu’elle s’obstine à qualifier d’« insurrection populaire » plutôt que de coup d’état n’a rien à voir avec une opposition entre la ville et la campagne, c.‑à.‑d. entre les cambas “blancs” de l’est bolivien et les qhollas indigènes des régions altiplaniques. En fait, les événements d’octobre devraient être mis au compte d’un vaste mouvement urbain où la jeunesse a pris toute sa place. Au demeurant, la révolte était parfaitement justifiée face à un Evo Morales qui « ne comprend que le rapport de forces ». À aucun moment, Madame Delfour ne rappellera les dizaines de morts parmi  les partisans d’Evo Morales, ni les très nombreux blessés, le nombre indéterminé d’arrestation et de personnes disparues, les domiciles incendiés, les menaces de mort sur les proches, des indigènes et des militants du MAS humiliés, forcés de se dénuder et de marcher sous les crachats d’une foule hostile. Le trio journalistico-universitaire évite soigneusement de prononcer le nom du leader fasciste Luis Fernando Camacho. De même rien n’est dit du rôle joué par les USA, de leurs ingérences dans les affaires intérieures de la Bolivie et de leur considérable apport financier à l’opposition…

Quant à l’opposition qui s’est emparée du pouvoir, ce ne peut être et ce ne pourra être qu’une opposition « centriste » pour Madame Sintes et H. J. Hernández. Christine Delfour qui voit bien l’inconsistance de cette thèse, se sent le devoir d’apporter quelques nuances, quelques faits qu’on ne peut garder sous le boisseau que fort difficilement : en particulier le rôle joué par la droite implanté dans le département de Santa Cruz et, de façon générale dans ceux de la Media Luna. Une droite « entrepreneuriale, plutôt blanche », liée à l’agro-business, précise-t-elle. Elle côtoie certes des Comités civiques très conservateurs, adeptes de la Bible et très soucieux de religion. Mais rien de plus normal selon Madame Delfour puisque la population en Bolivie serait principalement «  catholique », en oubliant au passage que ledit catholicisme bolivien recouvre très souvent, notamment sur l’altiplano, un syncrétisme polythéiste où se mêlent croyances, rites ancestraux, animisme, culte à la Terre-Mère (la Pachamama) et un vernis de “religions d’importation” (catholicisme, protestantisme luthérien, méthodiste, pentecôtiste, mouvements charismatiques…)

Pour ce qui touche à l’armée bolivienne, la journaliste et ses interlocuteurs louent sa fidélité à la constitution et, selon Madame Delfour, son rôle dans le renversement d’Evo Morales a été très positif.

d) Monsieur Dory et sa (ré)vision vipérine de la Bolivie d’Evo Morales

On n’est pas loin ici de Daniel Dory, universitaire géographe qui a commis un détestable pensum intitulé « Bolivie: la chute d’Evo Morales, les raisons d’une surprise ». Ce texte témoigne d’une dérive droitière et même extrême droitière que connaissent de façon croissante de larges pans de l’Université française, dans le domaine des sciences humaines (mais pas seulement). L’article de ce bolivianiste de carrière, est bourré de propos injurieux et de contre-vérités à l’égard d’Evo Morales qui font pendant avec une franche adhésion aux actions de la junte fasciste bolivienne. Il a immédiatement été publié par la revue néofasciste Conflits sur son site internet, puis par le journal en ligne Causeur de Madame Elizabeth Lévy, dont l’orientation est souvent assez proche de Conflits [91]

Peu soucieux de redondances mensongères, Daniel Dory, Maître de Conférences de son état, assène à ses lecteurs cette “vérité” déjà mainte fois rencontrée selon laquelle les dernières élections en Bolivie ont été « entachées de fraudes massives et spectaculaires au profit du MAS ». Quelques lignes plus loin les fraudes “massives” deviennent des « fraudes gigantesques ». Un vocabulaire en parfaite consonance avec celui de la junte fasciste et de l’impérialisme US.

Contre l’avis quasi unanime des médias pourtant peu enclins à se montrer favorables à Evo Morales et qui lui reprochaient généralement d’avoir voulu éviter un second tour électoral – tout en étant généralement beaucoup plus prudents sur les chances qu’avait alors l’opposition de l’emporter -, Monsieur Dory est catégorique : « les résultats permett[aient] d’envisager la défaite au cours d’un second tour décisif. »

Sa répulsion viscérale à l’égard de toutes les expériences progressistes en Amérique Latine le fait verser dans des excès de haine, très loin de l’analyse critique et sérieuse qu’on serait en droit d’attendre d’un universitaire : la Bolivie d’Evo Morales se signalerait par une « corruption généralisée » et un « caractère de plus en plus répressif d’un régime déterminé à se perpétuer par tous les moyens » et, circonstance aggravante par une politique favorable au cocaleros, preuve indéniable pour Daniel Dory d’un État Plurinational se livrant au narcotrafic, affirmation évidemment noon documentée et encore moins critiquée.

Les jugements de valeur négatifs, exempts aussi de toute démonstration se succèdent. L’État Plurinational n’aurait émis entre 2006 et 2019 que des « messages d’une consternante simplicité (et stupidité) ». Quiconque oserait contester cette caricature vipérine est immédiatement voué aux gémonies et plongé dans l’enfer de la « gauchosphère internationale ». Idem : il ne sera fait aucune largesse à ceux qui usent des termes “raciste”, “fasciste” ni aux insolents qui osent évoquer un “coup d’état ”. Ce faisant, ils ne feraient que répéter « les insultes pavloviennes habituelles de la gauchosphère ». Pour Monsieur Dory , c’est au tournant des années 2000 que quelques bolivianistes se seraient permis sein de l’université de publier des travaux hostiles au néo-libéralisme et favorable à l’indigénisme – une forme de « racialisme » pour l’auteur. Il donne en exemple la « guerre de l’eau à Cochabamba » qui aurait donné des ailes à une « vulgate indigéno-marxistoide ». Il est manifestement outré qu’on puisse chercher à comprendre la révolte populaire qui a éclaté en 2000 contre la privatisation du service de l’eau dans cette ville, devenue un modèle mondial du rejet des multinationales et des institutions financières dont les énormes profits proviennent de la marchandisation des ressources vitales pour les populations. Les quelques rares universitaires qu’y s’y sont risqués ne sont que les survivants d’une «  sociologie marxisante adaptée à l’indigénisme ambiant et importé [sic] ».

S’il faut s’attarder sur cet échantillon prototypique de la collusion d’un vaste secteur de l’Université où sévissent chaque jour davantage des “spécialistes” d’une Amérique Latine systématiquement vue sous le prisme du révisionnisme et de l’impérialisme–, c’est qu’on y retrouve l’essentiel des positions de l’élite occidentale et des principaux médias, tant en France que dans beaucoup d’autres pays, sur le golpe en Bolivie.

3) Social-traîtrise à “gauche” et à l’“extrême-gauche”

Au niveau politique proprement dit, le discours anti-Evo Morales, qui semble être une loi du genre des médias-mensonges, ne se différencie souvent très peu de la plupart de celui des partis politiques, à l’exception des militants communistes du PRCF, d’un certain nombre d’organisations marxistes-léninistes et des membres les plus combattifs de la France Insoumise et du PCF.

C’est ainsi que le PS, par l’intermédiaire de ses fantomatiques « jeunesses socialistes », se fend le 11 novembre dernier d’une déclaration misérablement insidieuse qui renoue, encore une fois, avec sa tradition de parti social-traître comme l’annonce cet incroyable titre : « La révolte bolivienne entendue » [!].

Où l’on apprend que « les vérificateurs [ont] trouvé des irrégularités dans le sondage [sic] ». Sans autres précisions ni sur les prétendus « vérificateurs » ni sur les « irrégularités » ni sur le «LE  sondage » (lequel ?). L’article prend timidement la peine de signaler que la révolte n’est pas vraiment une « avancée vers la démocratie ». Mais chassez le naturel, il revient au galop puisque les auteurs récidivent immédiatement en entrevoyant la perspective d’une « réelle démocratie » pour la Bolivie et en ajoutant « qu’il semble qu’il y ait un besoin de représailles pour Evo Morales et son peuple de payer le prix des erreurs qu’ils ont commises au pouvoir » [re-sic !!]. Devançant d’un jour seulement les intentions des putschistes et l’usurpation le 12 novembre de la présidence par la “social-démocrate” raciste Jeannine Áñez, le texte prévoit l’avènement d’« une réelle démocratie en Bolivie » car « la priorité est maintenant de choisir un dirigeant intérimaire, d’organiser de nouvelles élections et de réunir une Bolivie polarisée ». Fermez le ban (de l’infamie) ![92]

Une certaine “extrême gauche ”, elle aussi, ne se lasse pas d’apporter ses petites pierres aux dénigrements en tous genres contre la politique menée par l’État Plurinational présidé par Evo Morales. Face au coup d’état, le Nouveau Parti Anticapitaliste, dans un récent article, s’efforce de suivre le fil conducteur d’un antifascisme de posture (trotskisme oblige !). Mais celui-ci finit par s’effilocher et s’entortiller. Le NPA reprend l’antienne d’un écart de 7% entre les deux candidats, Evo Morales et Carlos Mesa, le dimanche soir de l’élection, écart porté à 10,14%, lors des résultats définitifs – une différence qui s’explique comme il a été dit plus haut par la prise en compte tardive du vote rural indigène très favorable à Evo Morales. Mais foin pour le NPA de ce “petit détail”, pourtant capital. Il faut à toutes forces, caricaturer l’élection incontestable d’Evo Morales sous les traits d’une « situation ubuesque » marquée par une fraude qui justifierait  « l’explosion sociale qui a déferlé sur le pays »[93]. Suit, chez cette formation qui se réclame du marxisme-léninisme-trostskiste (!), un stupéfiant collage des arguments avancés par l’opposition d’extrême droite :

« […] acharnement de Morales et du MAS à rester au pouvoir […] ; rupture démocratique [qui] a profondément choqué la population bolivienne et a entamé largement le prestige de Morales […] ; pays marqué par un extractivisme forcené […] ; mécontentement social qui gronde dans toutes les franges de la société, notamment parmi la base sociale du régime […] ; concentration du pouvoir au nom du populisme de gauche […] ; fraude  inexcusable […], usurpation démocratique… » (ibid.)

4. ) Le golpe en Bolivie : tartufferie  et connivence de Monsieur Macron et de l’Union Européenne

Pour ce qui est du gouvernement macronien, il n’est pas en reste quand on apprend qu’à l’Assemblée nationale, la secrétaire d’État aux affaires européennes, Amélie de Montchalin, se borne à appeler « au calme et à la retenue toutes les autorités de transition, pour qu’elles respectent la Constitution de ce pays, le respect des droits civils et des droits politiques ». Une déclaration officielle qui, sous une langue de bois, vaut pour reconnaissance de la légitimité du coup d’état[94]. Ce satisfecit donné à un ramassis de fascistes-racistes est confirmé  le 14 novembre dans son point de presse du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui, à la question « La France va-t-elle reconnaître Jeanine Áñez comme présidente par intérim de la Bolivie, après la démission d’Evo Morales ? », a répondu positivement en annonçant que la France prenait acte de la démission d’Evo Morales et que « des annonces ont été faites sur l’organisation de la transition ». On ne peut dire plus clairement qu’il n’y a pas de coup d’état en Bolivie mais seulement « une transition » ; en d’autres termes un changement en douceur. Après avoir souhaité que « de nouvelles élections puissent être organisées dans les meilleurs délais», le communiqué répète bien entendu la ritournelle de la « retenue » conseillée aux deux parties : une preuve de grande sagesse diplomatique valable aussi bien pour la junte qui a massacré plus d’une trentaine de personnes que pour les victime ![95]. Une position qui rejoint la reconnaissance de la marionnette des USA Juan Guaidó dans le sillage de l’Union Européenne et en conséquence, la non reconnaissance de fait du gouvernement légitime de Nicolás Maduro.

En quoi la clique macroniste n’est autre se comporte encore une fois en chien couchant d’une Union Européenne qui se satisfait elle aussi de recommander aux putschistes la “modération” ainsi que des élections “libres”

Lors de la séance plénière des 13-14 novembre 2019 à Bruxelles, le parlement européen n’a nullement évoqué un “coup d’état”. Federica Mogherini, vice-présidente de la Commission européenne et haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui dirigeait encore à cette date la diplomatie de Bruxelles, a légitimé l’auto proclamation de l’usurpatrice raciste Jeanine Áñez comme présidente de la Bolivie[96] Elle a été suivi sur ce terrain par la majorité du parlement qui a insisté lourdement sur des « affrontements mortels […] entre militants pro et anti gouvernement ». Un jugement de Salomon immédiatement annulé puisque seules les violences fascistes reçoivent une absolution collective, au motif qu’elles auraient répondu, par une colère salutaire, à des « suspicions » de fraude électorale dont se serait rendu coupable Evo Morales. Pour les eurocrates atlantistes, les dites « fraudes »  ne font l’objet d’aucune interrogation critique puisqu’elles ont été constatées par le rapport préliminaire, à charge, contre Evo Morales de l’Organisation des États américains (OEA), publié le 10 novembre, seule source apparemment crédible selon le parlement et la commission européenne, lesquels au reste, n’avaient pas jugé utile d’envoyer des observateurs pour les dernières élections législatives et présidentielles en Bolivie.

Le soutien aux nazillons boliviens a pris un tour qui ne prête à aucune équivoque  lorsque le 18 novembre, le représentant de l’UE à La Paz, León de la Torre Krais, s’est précipité au palais du gouvernement pour y rencontrer  la “présidente” raciste-fasciste autoproclamée et offrir les services de l’Europe afin que les putschistes organisent le plus rapidement possible des élections « transparentes et crédibles »[97]. Ce qui revient non seulement à reprendre en totalité la thèse du trucage électoral diffusée ad nauseam par les USA et leurs agents fascistes de Santa Cruz, mais également à donner le feu vert à ce qui pourrait bien être un lugubre simulacre d’élections pour la raison qu’elles se dérouleront très probablement, comme nous l’avons déjà dit, dans un climat de répression avec l’appui financier de l’USAID nord-américaine aux mouvements anti-Morales et anti-MAS.

On recense déjà près de 40 morts, un nombre considérable et encore indéterminé de militants pro-Morales arrêtés. Les cas de tortures et d’humiliation se multiplient. Déjà, dès le 6 novembre, Patricia Arce, maire de Vino et militante du MAS a vu sa mairie saccagée et incendiée, avant d’être tondue et badigeonnée de peinture rouge par les hordes fascistes. Obligée de s’agenouiller, sous les insultes, les crachats et la menace des matraques, elle a été obligée de signer sa démission, avant d’être battue et traînée de force, les pieds nus sur plusieurs kilomètres. Pour qui en douterait encore, les Sections d’Assauts sont de retour du sud au nord de la Bolivie.

Au milieu de telles violences, qui peut croire à la promesse de nouvelles élections « démocratiques » ? Qui peut avaliser une telle énormité, sinon une Union Européenne elle-même de plus en plus complaisante avec la résurgence en son sein des mouvements néo-nazis (Ukraine, Pays Baltes, …) et qui a voté le 19 septembre une immonde résolution où un trait d’égalité est tracé officiellement entre communisme et nazisme[98].

Non content d’octroyer un brevet de légitimité et de démocratie à Jeannine Áñez, León de la Torre Krais, après avoir chanté les louanges du rapport à charge de l’OEA contre l’état plurinational d’Evo Morales, a le toupet de recommander une « réforme » au plus vite des organismes chargés du bon déroulement des élections en Bolivie et de recruter, à cette fin, un « personnel adéquat et possédant les capacités nécessaires ». On devine avec qu’elle joie les groupes fascistes qui ont instauré la loi de la terreur dans le pays ont accueilli cette proposition et se sont dépêché d’y donner suite.

Pour faire bonne mesure, le politicien espagnol a ajouté qu’il était capital de désigner de nouveaux membres du Tribunal électoral suprême, des personnalités appartenant à une élite – “blanche” cela s’entend – faisant l’objet d’un consensus en fonction de leur grand « prestige » et de leur « trajectoire » politique. Là aussi on imagine sans peine combien ces conseils ont été reçus avec ravissement tant à Washington que chez les néo-nazis de Santa Cruz.

Comme le faisait remarquer Maurice Lemoine[99], l’Union Européenne s’est déjà décrédibilisée en avalisant à deux reprises des élections truquées au Honduras et, qu’en ce qui concerne les dernières élections en Bolivie, elle n’a même pas attendu la fin du dépouillement des bulletins de vote pour appeler à passer déjà à un second tour ,en parfait accord avec la première partie du plan mis en œuvre par Washington et ses alliés fascistes de Santa Cruz au sud du pays


NOTES

[1] Sur le bilan social et politique d’Evo Morales, voir : https://francais.rt.com/international/67820-quel-est-bilan-evo-morales-paysan-amerindien-devenu-president-bolivie

[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/11/12/evo-morales-une-icone-indigene-dechue-qui-promet-de-revenir-en-force_6018837_3210.html

[3] Francesco Zaratti, « La Primavera Boliviana », https://www.paginasiete.bo/opinion/francesco-zaratti/2019/11/2/la-primavera-boliviana-236121.html

[4] « “No más collas, vamos a sacar a todos los indios de mierda de Bolivia, vamos a sacar a todos los collas de mierda de la patria” », cité par Carlos Antón, « Elecciones en Bolivia: Derrotar al racismo de las élites », Marcha (Una mirada popular y feminista de la argentina y el mundo), 20-11-2019,  https://www.marcha.org.ar/elecciones-en-bolivia-derrotar-al-racismo-de-las-elites/

[5] Voir Wyatt Reed, « How middle class Bolivia learned to stop worrying and love the coup », [« Comment la classe moyenne bolivienne a appris à ne plus s’inquiéter et à aimer le coup d’état »], https://thegrayzone.com/2019/12/05/middle-class-bolivia-learned-love-coup/

[6] Tel est le cas de Williams Kaliman, le chef des forces armées qui avait promis de ne pas tirer sur les gens mais qui a fait sortir les chars dans la rue. Voir sur ce point : Santiago Mayor, « Williams Kaliman: el militar golpista boliviano formado en la Escuela de las Américas », https://notasperiodismopopular.com.ar/2019/11/12/williams-kaliman-militar-golpista-bolivia-formado-escuela-americas/

[7] https://www.defensoria.gob.bo/contenido/afectacion-a-derechos-en-conflicto-elecciones-2019 , https://www.publico.es/internacional/golpe-gases-ataudes-bolivia-reprime-marcha-funebre-victimas-senkata.html

[8] Nahí Nascimento, « Persecución y asedio tras el golpe contra Evo Morales. Bolivia: de perros, sangre y transitoriedad » [« Persécution et harcèlement  après le coup d’État contre Evo : une transition avec des chiens et du sang »20-01-2020], http://misionverdad.com/TRAMA-GLOBAL/de-perros-sangre-y-transitoriedad.

[9] Voit l’interview de 2016 honteusement obséquieuse accordée par Pablo Iglesias, le leader espagnol de Podemos, à Gioconda Belli, l’une des principales opposante au gouvernement de Daniel Ortega, convertie au néo-libéralisme le plus dur après avoir trahi le mouvement (https://youtu.be/t8M6Dtf33s4))

[10] https://twitter.com/roxahoracroxana?lang=es

[11] https://www.lanacion.com.ar/el-mundo/quien-es-roxana-lizarraga-nueva-ministra-comunicacion-nid2306764

[12] « Un coup d’état occulté dans les médias. En Bolivie, la bête immonde est de retour » [25-11-2019], https://www.humanite.fr/tribune-libre-un-coup-detat-occulte-dans-les-medias-en-bolivie-la-bete-immonde-est-de-retour-680701

[13] http://jrcf.over-blog.org/2019/11/coup-d-etat-en-bolivie-pour-accroitre-le-pillage-capitaliste.html

[14] On peut reprendre ce terme d’« évitement » que Christophe Guilluy réserve aux classes moyennes occidentales (La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Le Crépuscule de la France d’en haut, No Society. La fin de la classe moyenne occidentale, 2014, 2016, 2018), à condition de l’étendre et de l’adapter aux classes moyennes latino-américaines, en l’occurrence aux classes moyennes boliviennes qui, elles au contraire, connaissent un phénomène de croissance. La révolution bolivienne de 1952 avait permis des avancées sociales qui s’étaient concrétisées, en particulier, par la formation d’une première classe moyenne, principalement dans la partie est du pays (départements de Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija et Chuquisaca). Cette première classe moyenne qui s’est dès le début montrée hostile à Evo Morales et à son programme révolutionnaire, a toujours servi de masse de manœuvre à la grande bourgeoisie de l’orient bolivien et à ses intérêts. Elle a constitué le groupe social les plus actif dans la tentative de renversement du gouvernement en 2008, sous couvert d’aspirations autonomiste et souvent séparatistes, mais qui cachait en fait un refus des plans du gouvernement central pour affecter une partie substantielle de la taxe directe nationale sur les hydrocarbures au régime des retraites (opération Renta Dignidad). Or, comme l’explique Álvaro García Linera, à ces premières couches moyennes est venue s’ajouter une seconde classe moyenne d’origine ouvrière, paysanne ou salariée qui, sous les mandats successifs d’Evo Morales, a vu ses revenus moyens augmentés de 300% à500%. C’est elle, sinon en totalité du moins pour une fraction non négligeable, qui a rejoint à son tour en 2019 l’opposition extrême-droitière. Fréquemment, ces nouvelles couches qui ont laissé derrière elle leur ancien statut de pauvreté ou d’extrême pauvreté, tentent de faire oublier et de nier leurs origines en recherchant un fragile « blanchissement » social et en imitant « les poses, les attitudes et les préjugés des classes moyennes traditionnelles ». Simultanément, elle cultivent « des préjugés coloniaux utilisés précisément pour empêcher des gens comme eux, qui viennent du monde des indigènes, d’entrer ou d’être acceptés par des membres à part entière de la classe moyenne » (« Conversatorio con Álvaro García Linera » [20-01-2019], https://www.celag.org/conversatorio-alvaro-garcia-linera/. Sur ce sujet, voir infra, à propos des incendies dans la Chiquitania et des accusations portées contre les « interculturels » descendus de l’ouest andin pour s’installer dans la partie orientale du pays

[15] « Organizaciones populares bolivianas firman acuerdo contra el golpe », https://notasperiodismopopular.com.ar/2019/11/27/organizaciones-populares-bolivia-firman-acuerdo-contra-golpe/

[16] https://twitter.com/evoespueblo/status/1218176326244409344

[17] https://www.infobae.com/america/agencias/2020/01/08/bolivia-abre-investigacion-contra-600-autoridades-del-gobierno-de-morales/

[18] Notoirement hostile aux gouvernements de gauche, la CIDH est un organisme dépendant de l’Organisation des États Américains (alignée sur Washington où elle a son siège). Lors de sa 24e rencontre  tenue du 15 au 17 juillet 2018, le Forum de São Paulo qui intégrait la Bolivie, Cuba, la Dominique, Le Salvador, la République Dominicaine, l’Uruguay, le Venezuela et le Mexique, a émis une résolution au sujet de la tentative de coup d’état au Nicaragua qui dénonçait « l’action partiale des organismes internationaux subordonnés aux desseins de l’impérialisme comme la Commission Inter-Américaine des Droits de l’Homme (CIDH) », http://.cbparis.org/2018/07/nicaragua-resolution-du-forum-de-sao-paulo.htm.

[19] Sur cette ingérence nord-américaine dans la Bolivie de 2003, voir le document déclassifié par Wikileaks : http://wikileaks.ikiru.ch/cable/06LAPAZ1787/1787

[20] Voir la photo de l’agence Reuters d’Eva Copa aux côtés de Jeanine Áñez pour présenter le texte de la “loi” pour les nouvelles élections, https://es-us.noticias.yahoo.com/qui%C3%A9nes-mujeres-manejan-transici%C3%B3n-bolivia-141200347.html

[22] Voir l’article consternant de suffisance et d’ignorance de la réalité andine dû à la plume de Yann Kindo, auteur d’un  blog intitulé La faucille et le labo, et intitulé : « Misère du pachamamisme », https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/110211/misere-du-pachamamisme. Dans une version plus sérieuse, on retrouve aussi un certain nombre de contre-vérités chez Renaud Lambert, « Le spectre du pachamamisme », Le Monde diplomatique, nº683 – 58e année. Février 2011, p. 3.

[23] Voir Jacques Galinier, Antoinette Molinié, Les néo-Indiens. Une religion du IIIe millénaire, Paris, Odile Jacob, 2006.

[24] Cité par R. Lambert, op. cit.

[25] « El hombre tierra fue, vasija, párpado / del barro trémulo, forma de la arcilla, / fue cántaro caribe, piedra chibcha, / copa imperial o sílice araucana […]/ Como la copa de la arcilla era / la raza mineral, el hombre / hecho de piedras y de atmósfera, / limpio como los cántaros, sonoro », Pablo Neruda, Canto General [1950], in Obras completas, t. I, Barcelona, eds. Galaxia Gutemberg – Círculo de lectores, 1999, p. 417-429]. Voir sur ce sujet, Daniel Vives, « La littérature hispano-américaine contemporaine : quelques lectures “réalistes-merveilleuses” des géographies d’origine », in L. Villard (éd.), Géographies imaginaires, Rouen, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2009, p. p. 159-171.

[26] « Las personas que hayan infringido la ley se las tendrá que sancionar como corresponde, sea de uno o del otro lado », https://www.paginasiete.bo/nacional/2019/11/25/eva-copa-no-podemos-ir-atras-hay-que-armarse-de-fuerzas-ir-adelante-238447.html

[27] « Que año nuevo aymara ni lucero del alba!! satánicos, a Dios nadie lo reemplaza!! », https://twitter.com/JeanineAnez/status/347734496273113088.
Le tweet a été effacé mais il est encore  disponible à :https://web.archive.org/web/20191113002729
(autres adresses : https:/twitter.com/JeanineAnez/status/347734496273113088 ; http://u.afp.com/JVSA ; https://perma.cc/9WK7-4T3Y

[28] « “Y a los que celebran el año nuevo aymara en no sé qué mes, no los quiero ver borracho mañana diciendo: ‘feliz año nuevo’” », https://twitter.com/JeanineAnez/status/815321285198639104

[29] Voir à ce sujet : « Estos son los agresivos tuits contra “originarios” e “indígenas” que borró Jeanine Áñez, la presidenta de Bolivia », El Comercio (Lima), 15/11/2019 (https://elcomercio.pe/mundo/latinoamerica/jeanine-anez-estos-son-los-agresivos-tuits-contra-originarios-e-indigenas-que-borro-la-presidenta-interina-de-bolivia-noticia/)

[30] « Sueño con una Bolivia libre de ritos satánico [sic]  indígenas, la ciudad no es para los indios que se vayan al Altiplano o al Chaco!! », https://twitter.com/Bollino/status/1194583586080473088
Le texte se réfère à la région du Chaco Sub-Andin ou Chaco Serrano, zone en grande partie montagneuse et souvent semi-aride. Quoique moins élevée, elle est la prolongation des hauts plateaux andins du nord.

[31] https://illimaniguerreroboliviano.wordpress.com/2016/02/11/quien-es-carlos-valverde/

[32] L’UJC est décrite par  Raúl Antonio Capote comme étant « l’organisation paramilitaire de l’élite de Santa Cruz, destinée à défendre des intérêts oligarchiques. Elle est idéologiquement basée sur le racisme et le fascisme, son admiration historique pour des groupes tels que les Oustachis de Croatie et les SS de l’Allemagne nazie », « La Unión Juvenil Cruceñista, punta de lanza de la violencia golpista en Bolivia », http://www.granma.cu/mundo/2019-11-20/la-union-juvenil-crucenista-punta-de-lanza-de-la-violencia-golpista-en-bolivia-20-11-2019-02-11-08)

[33] Le Movimiento de Izquierda Revolucionaria (MIR) est un parti politique bolivien. Ayant abandonné ses premières références au marxisme, le mouvement effectua rapidement une mutation vers un réformisme bourgeois de type social-démocrate. Créé en 1971, le MIR n’a plus d’existence ni militante ni légale depuis le 30 août 2006.

[34] Maurice Lemoine. « La longue campagne du “ Tout sauf Evo ” » [09-11-2019], http://www.medelu.org/La-longue-campagne-du-Tout-sauf-Evo

[35] « Periodista revela que no existe supuesto hijo oculto de Evo Morales », https://www.telesurtv.net/news/Periodista-revela-que-no-existe-supuesto-hijo-oculto-de-Evo-Morales–20160518-0005.html. Pour de plus amples détails sur l’ “affaire” Gabriela Zapata / Carlos Valverde, typique des montages à base de scandales sexuels et financiers made in Washington qui font partie intégrante des  guerres de 4e génération pour destabiliser les gouvernements qui refusent de vendre à l’encan leur souveraineté, Voir de même M. Lemoine, « La longue campagne […] », op. cit.

[36] « Todos los ciudadanos deben gozar de los siguientes derechos y oportunidades: […]; de votar y ser elegidos en elecciones periódicas auténticas, realizadas por sufragio universal e igual y por voto secreto que garantice la libre expresión de la voluntad de los electores », Convención Americana sobre Derechos Humanos,
https://www.oas.org/dil/esp/1969_Convención_Americana_sobre_Derechos_Humanos.pdf/.
Le texte en français est disponible à https://www.cidh.oas.org/Basicos/French/c.convention.htm. La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), fondée en 1959 par l’Organisation des États américains (OEA), est l’un des deux organismes prévus par la CADH pour la surveillance et l’application des droits humains – le second étant la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Inutile de préciser que ces organisations ont été dès le départ contrôlées et manipulées par les USA. Mais la Bolivie n’ayant pas rompu ni avec la CADH ni avec la CIDH, le gouvernement d’Evo Morales était en droit de recourir à celles-ci pour déjouer les plans de l’opposition et de ses maîtres impérialistes.

[37] « […] exclusivamente por razones de edad, nacionalidad, residencia, idioma, instrucción, capacidad civil o mental, o condena, por juez competente, en proceso penal », (capitulo II, article 23, 2), Convención Americana sobre Derechos Humanos, op. cit.

[38] La procédure d’approbation tacite” (la silence procedure en anglais) est couramment utilisée non seulement en droit romain mais au plan international par l’Union européenne, l’OTAN et l’OSCE.

[39] « Les traités et instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme qui ont été signés, ratifiés ou auxquels l’État a adhéré et qui déclarent des droits plus favorables que ceux contenus dans la Constitution s’appliqueront en priorité relativement à ce que stipule la Constitution » [« Los tratados e instrumentos internacionales en materia de derechos humanos que hayan sido firmados, ratificados o a los que se hubiera adherido el Estado, que declaren derechos más favorables a los contenidos en la Constitución, se aplicarán de manera preferente ;sobre ésta »]
(https://web.archive.org/web/20171024044028if_/http://www.presidencia.gob.bo/documentos/publicaciones/constitucion.pdf)

[40] https://www.lepoint.fr/monde/bolivie-le-president-morales-en-route-pour-un-4eme-mandat-controverse-29-11-2017-2176147_24.php

[41] Voir Serge Halimi : Les nouveaux chiens de garde, Paris, éds. Liber-Raisons d’Agir, 1997

[42] « Susana Rivero desmiente a Carlos Alarcón y demuestra que no hubo fraude electoral », [« Susana Rivero nie l’existence de Carlos Alarcón et démontre qu’il n’y a pas eu de fraude électorale »],  https://www.youtube.com/watch?v=TbL1d_cS8uI.

[43] Malgré des déclarations antifascistes de rigueur, une récente première page du journal du P.O.R. ; Masas (29-11-2019, nº2013), ne laisse aucun doute sur l’apport de fait de ce groupe à la contre-révolution en Bolivie : « Nous n’avons pas versé une larme pour le renversement du gouvernement imposteur de MAS Il est tombé comme il le méritait » [« No derramamos ni una lágrima por el derrocamiento del Gobierno impostor del MAS Cayó como merecía caer »]. On rappellera qu’en avril 1952, les mineurs boliviens s’étaient soulevés contre la junte militaire dirigée par le général Hugo Ballivián mais les dirigeants syndicaux de la Central Obrera Boliviana (COB), fondée dans la foulée de la révolte d’avril, les dissuadèrent de prendre le pouvoir avec l’ensemble des travailleurs boliviens et des paysans indigènes opprimés. Le P.O.R, notamment, et ses militants au sein de la COB, leur laissèrent entrevoir, en échange, une promesse de redistribution des terres et un contrôle de l’État sur l’économie bolivienne et ses ressources naturelles mais dont l’application restait à préciser. En fait, le P.O.R. préféra apporter un “soutien critique” au gouvernement bourgeois de Paz Estenssoro – leader du Movimiento Nacionalista Revolucionario (M.N.R) –, de retour d’exil après la défaite de la junte militaire qui s’était opposée à son élection en 1952. Après quelques nationalisations partielles et une timide réforme agraire, Paz Estenssoro exerça au début des années 60 une seconde présidence durant lesquelles il donna toute satisfaction à la politique impérialiste des U.S.A et redonna tout pouvoir à l’armée. Élu pour la troisième fois en août 1964, une nouvelle junte militaire le renversa au bout de quelques mois avant d’écraser la C.O.B. devenue le principal syndicat du pays. Aujourd’hui, le P.O.R. de même que le Mouvement Socialiste des Travailleurs (Movimiento Socialista de los Trabajadores, M.S.T.) sont des groupuscules trotskystes recrutant dans les milieux de la bourgeoisie estudiantine et dont les seuls faits d’armes ont été de faire chorus avec l’extrême droite pour caractériser Evo Morales comme un “narco-dictateur bourgeois”, allant même jusqu’à féliciter la police pour s’être ralliée aux violences putschistes de ’extrême droite. Voir à ce propos les articles de Martin Camacho, pourtant membre de la Fraction Trotskiste Quatrième Internationale : « Bolivia: El papel vergonzoso de la “izquierda” pro-golpista » [« Bolivie : le rôle honteux de la “gauche” pro-coup d’Etat »], et de Javo Ferreira : « El P.O.R. boliviano: la caída de un partido histórico en instrumento del golpismo» [« Le P.O.R. bolivien : la chute d’un parti historique devenu un instrument du coup d’Etat »], http://www.laizquierdadiario.com/El-POR-boliviano-la-caida-de-un-partido-historico-en-instrumento-del-golpismo, http://izquierdaweb.cr/titulares/internacional/bolivia-el-papel-vergonzoso-de-la-izquierda-pro-golpista/)

[44] https://fmdelta903.com/blogs/ciudadanocomun/44034-carlos-cordero-la-mentira-del-golpe-de-estado-la-compran-alberto-fernandez-y-la-sociedad-argentina

[45] Voir à ce sujet Mathis Nicole Desmau : « Le coup d’État n’a pas eu lieu » : la Bolivie vue par la presse française »[17-11-2019], https://lvsl.fr/le-coup-detat-na-pas-eu-lieu-la-bolivie-vue-par-la-presse-francaise/ & « Bolivie : cachez-moi ce coup d’État que je ne saurais voir ! » [20-11-2019], https://solidariteetprogres.fr/chroniques-strategiques/bolivie-cachez-moi-ce-coup-d-etat.html

[46] « FAN: Incendios ya consumieron 4,1 millones de hectáreas en Bolivia », https://eldeber.com.bo/149794_fan-incendios-ya-consumieron-41-millones-de-hectareas-en-bolivia.

[47] http://incendios.fan-bo.org/Satrifo/reportes/IncendiosNal-FAN-25092019.pdf?fbclid=IwAR1WAOpa3bPhKQ8_Lt2fryMuzR_SA_Y9dVSUs_niLJtrSJ4WsTR_0X0Myb0
Sauf erreur de notre part et aux dernières nouvelles, la FAN semble circonscrire ses activités aux questions exclusivement environnementales en gardant un étonnant silence sur les conséquences néfastes du coup d’état qui ne manqueront pas de se faire sentir dans le domaine écologique étant donné la volonté affichée du camp fasciste d’ouvrir pleinement la Bolivie aux grandes multinationales US et européennes.

[48] « Conférence de presse de Nicolás Maduro, du 8 février 2019 » [Rueda de prensa de Nicolás Maduro, 8 de febrero 2019], trad. D. Vives Simorra, https://communismeinfos.org. Voir aussi in ibid : « Juan Guaido : préparation d’une tentative de renversement du Gouvernement Bolivarien inspirée par un manuel de subversion nord-américain », trad. par D. Vives Simorra de l’article de Whitney Webb : « Guaido Set to Enact Uprising Rooted in US Regime-Change Operations Manual » [« Guaido s’apprête à donner le signal pour un soulèvement  qui s’inspire d’un manuel nord-américain sur les techniques permettant des changements de régimes », https://www.mintpressnews.com/guaido-us-regime-change-venezuela/256747/ [29-03-2019]

[49] Rafael Correa lors d’une conférence de presse commune avec le président haïtien de l’époque René Préval
https://www.lapresse.ca/international/dossiers/seisme-en-haiti/201001/29/01-944592-le-president-equatorien-juge-laide-internationale-imperialiste.php). Voir aussi : Timothy T Schwartz, The Great Haiti Humanitarian Aid Swindle, ed. CreateSpace Independent Publishing Platform, 2017. Trad. Française par David Malenfant : L’aide humanitaire en Haïti. La grande escroquerie. Éd. Le Dièdre, 2019. On se souviendra qu’2010, un tremblement de terre dévasta le pays. Plus de 3 millions de personnes furent affectées par la catastrophe. Il y eu des dizaines de milliers de morts. C’est à partir de ce bilan très lourd que les États-Unis, notamment l’USAID, organisèrent avec le concours de plusieurs ONGs de grandes opérations humanitaires qui prirent la plupart du temps la forme de démonstrations de l’“inépuisable vocation philanthropique” états-unienne. Mais outre que l’utilisation des fonds humanitaires destinés à apporter des secours d’urgence donna lieu à une mainmise économique accrue des USA sur le pays et même à de multiples malversations, Washington sauta sur l’occasion pour renforcer sa présence militaire sur l’île par l’envoi de 10.000 Marines supplémentaires. Depuis Haïti continue à vivre sous un statut néocolonial. En 2016, lors d’élections truquées, l’impérialisme nord-américain a imposé son homme lige, Jovenel Moïse qui a instauré un régime néo-duvaliériste appuyé sur le parti Tèt Kale (PHTK). Celui-ci n’a pour seule préoccupation que de réprimer dans le sang (plusieurs centaines de morts à la fin 2019) les protestations d’une population excédée par une misère que génère  une extrême corruption, dont la dilapidation de 3.8 milliards de dollars américains du Fonds PetroCaribe n’est que l’exemple le plus frappant. Face à cette situation, le Core Group qui s’est autoproclamé tuteur de Haïti (composé de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies, des ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des USA, de France, de l’UE et du Représentant spécial de l’OEA) s’oppose aujourd’hui à tout départ de Jovenel Moïse et de son pseudo gouvernement de tontons-macoutes.

[50] Voir https://eldeber.com.bo/146006_quintana-afirma-que-incendio-en-san-lorenzo-fue-deliberado

[51] https://www.primeralinea.info/pruebas-apuntan-a-que-seguidores-de-la-gobernacion-crucena-provocaron-los-incendios-en-la-chiquitania/

[52] À l’époque de la conquête, Camba désignait en Bolivie et au Paraguay la population indigène des Kandire installées sur les zones tropicales à l’est de ces pays. Aujourd’hui, camba est un terme usurpé par l’extrême droite “blanche” de la Media Luna (Santa Cruz surtout) pour se différencier des collas, terme péjoratif appliqué aux populations indigènes andines de l’ouest de la Bolivie (départements de La Paz, Oruro, Potosí, Cochabamba, Chuquisaca). Cette dichotomie en usage chez les fascistes de Santa Cruz dépasse sans conteste le niveau purement linguistique. Profondément idéologique, elle se présente comme une sorte de calque du discours raciste européen de la fin du XIXe siècle qui lui aussi revendiquait une lointaine ascendance remontant à d’obscurs “peuples originaires indoeuropéens” pour mieux se distinguer des “métèques (noirs, juifs, arabes, “rastaquouères ” hispaniques ou italiens …) et bien entendu pour asseoir leur supériorité biologique et culturelle sur la “canaille” ouvrière.

[53] https://eju.tv/2019/10/interculturales-a-los-civicos-de-santa-cruz-nadie-es-dueno-de-ninguna-propiedad-o-territorio/

[54] http://misionverdad.com/trama-global/ley-del-embudo-global-sobre-los-incendios-en-australia

[55] Rappelons que la coca est profondément enracinée depuis des millénaires dans la culture de l’Amazonie du Nord-Ouest et dans terres altiplaniques. La feuille de coca a toujours fait l’objet de cérémonies religieuses. C’est une plante sacrée pour de nombreux peuples de la zone andine. Fille de la déesse mère Pachamama, elle est appelée Mama Coca. Mâchée, elle constitue un stimulant nécessaire pour la vie en très haute altitude, y compris pour les travaux pénibles sur les terres basses de l’est. Dans leur grande majorité, les “interculturels cocaleros” de l’Orient bolivien qui produisent la coca pour leurs proches restés sur l’altiplano ne sont en rien responsables des effets désastreux qui découlent de l’extension de sa culture hors de la Bolivie, en Colombie surtout ; où elle a fait la fortune des grands cartels colombiens avec la complicité des narco-gouvernements de ce dernier pays. En Bolivie, les paysans cocaleros sont très proches du MAS et du gouvernement d’Evo Morales. La rupture est nette avec les persécutions dont ils furent les victimes sous les régimes précédents. Tel fut le cas, lorsqu’en 1997, le dictateur Hugo Banzer lança, sous injonction nord-américaine, son plan “dignité” qui se traduisit par une militarisation et une répression sanglante des zones cocaleras. Dans l’État Plurinational, le renversement est total et le slogan “Vive la coca” (¡Kausachun Coca !) va de pair avec une lutte sévère contre le narcotrafic, dont même le Sénat français, malgré plusieurs réserves, a dû reconnaître les mérites en parlant d’un « renforcement de la lutte [en Bolivie] contre le narcotrafic », (https://www.senat.fr/ga/ga70/ga7015.html)

[56] Pour ce violent réquisitoire de Miguel Crespo, voir https://www.change.org/p/juicio-de-responsabilidades-por-el-incendio-forestal-en-la-chiquitanía-para-el-presidente-evo-morales-ayma-y-abrogación-de-la-ley-741-pdm-20-decreto-supremo-de-desmonte-ds3973.  

Dans sa page Facebook du 24 décembre 2019, Miguel Crespo directeur de Probioma a abandonné son apparente position de neutralité politique pour se ranger quasi ouvertement aux côtés des putschistes fascistes :  « Nous laissons derrière nous une année au cours de laquelle la Bolivie a subi la plus grande catastrophe environnementale de son histoire. Nous avons connu de fortes crises et des changements importants, nous avons perdu et gagné beaucoup.  En 2020, la lutte contre l’extractivisme continuera d’être un défi pour nous et nous sommes convaincus que nous pouvons aller de l’avant, avec les communautés, en travaillant à la restauration de nos trésors naturels » [« Estamos dejando un año en el que Bolivia sufrió el mayor desastre ambiental de su historia. Hemos tenido fuertes crisis y cambios importantes, hemos perdido y ganado mucho. En el año 2020, la lucha contra el extractivismo seguirá siendo un reto para nosotros y confiamos en que podremos avanzar, junto con las comunidades, trabajando para restaurar nuestros tesoros naturales »]. Nous soulignons (https://business.facebook.com/probioma.bolivia/?hc_ref=ARS1k8Y-jMBp5u63SkT-oWOoqVJ6CaxQECQmkeHVOuNytSm66RkwunF5H0GMKiwBu5g&fref=nf&__tn__=kC-R)

[57] https://youtu.be/K1A0ua1Xhok, https://youtu.be/ijXoYnElvKs, https://blog.jurgenklaric.com/todo-lo-que-necesitas-saber-sobre-neuroventas/,https://blog.jurgenklaric.com/conoce-los-nomadas-digitales-nueva-forma-de-emprendimiento/

[58] Tweet de Violeta Ayala, https://twitter.com/violetajaguar/status/1167169298332377088

[59] https://www.oneearth.org/la-sabiduria-indigena-que-puede-frenar-los-incendios-en-bolivia/

[60] Voir « Redes de ONG: el brazo “civil” del imperio estadounidense que definió el golpe en Bolivia » [26-11-2019], http://misionverdad.com/trama-global/ong-en-bolivia-del-golpe-blando-al-golpe-duro & Wyatt Reed, « Western regime-change operatives launch campaign to blame Bolivia’s Evo Morales for Amazon fires », https://thegrayzone.com/2019/08/29/western-regime-change-operatives-launch-campaign-to-blame-bolivias-evo-morales-for-the-amazon-fires/ [et trad. De D. Vives. Simorra : « Les spécialistes occidentaux des changement de régime lancent une campagne pour blâmer Evo Morales de Bolivie à propos des incendies en Amazonie », https://communismeinfos.org].

[61] Extinction-Rebellion (XR), créé en Grande Bretagne  est un mouvement de caractère sectaire, mêlant collapsologie “New Age,” avec un zest de cyberculture, et, dont le discours effondriste (l’extinction des espèces vivantes est pour demain !) fait bon ménage avec des protestations de désobéissance civile, dans de nombreux pays, principalement ceux qui s’efforcent de rester hors de l’orbite de l’impérialisme anglo-saxon. Malgré une façade anticapitaliste, XR a des relations étroites sinon avec la partie immergée des services secrets nord-américains (USAID), pour le moins avec le gratin du grand capital occidental. Le mouvement est financé par plusieurs milliardaires, tel Georges Soros dont l’Open Society Foundation alimente régulièrement ses caisses. Il reçoit aussi des sommes considérables du Fonds D’urgence Climatique (Climate Emergency Fund), fondé en 2019 par Trevor Neilson (ancien cadre de la Fondation Bill et Melinda Gates), Rory Kennedy, fille de l’ancien sénateur Robert Kennedy et Aileen Getty héritière d’un empire pétrolier. Des fonds spéculatifs (hedge funds) participent aussi au financement de XR (fond TCI du milliardaire Sir Chris Hohn. Parmi les fondateurs de l’organisation, on compte Roger Hallam, vétéran d’une agriculture dite biologique mais également est lié, via l’Open Democracy, à l’Open Society de George Soros ainsi qu’à la Fondation Ford et aux Rockefeller. Autres personnalités ayant présidé à la création de XR :  Gail Bradbrook, proche des milieux financiers et, par son ex-conjoint du gouvernement de Tony Blair et Farhana Yamin, chercheuse associée pour la Chatham House, un think tank financé, notamment, par Shell, BP, Exxon.

[62] https://clairewordley.com/writing/

[63] https://theconversation.com/incendies-en-amazonie-les-boliviens-reclament-des-comptes-a-evo-morales-122440. Texte traduit de l’anglais par Nolwenn Jaumouillé.

[64] https://www.revolutionarycommunist.org/americas/bolivia/5650-british-media-and-extinction-rebellion-launch-propaganda-blitz-against-bolivia-s-government

[65] « Las elecciones presidenciales en Bolivia marcarán el rumbo ambiental del país », https://clairewordley.com/writing/; op. cit.

[66] Voir «Bolivie. Le gouvernement doit suspendre le décret présidentiel 3973 et enquêter sur les causes des feux de forêt » [09-09-2019],  https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2019/09/bolivia-gobierno-debe-investigar-causas-incendios-forestales/ & « Pétition : Les forêts de Bolivie brûlent pour la viande et le soja », https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1198/les-forets-de-bolivie-brulent-pour-la-viande-et-le-soja#letter

      On  trouvera un festival de ces boulets anti-Morales publiés par cette pseudo organisation humanitaire à l’adresse : https://www.amnesty.org/fr/search/?country=38275

  Sur le rôle pro-impérialiste de cette ONG voir par exemple:

« Le jeu trouble d’Amnesty International en Haïti (2007) », in https://communismeinfos.org

Salim Lamrani, « La Guerre froide n’est pas finie. Les contradictions d’Amnesty International» [07-03-2008. À propos de Cuba], https://www.voltairenet.org/article156950.html

Daniel Kovalik, « Amnesty International and the Human Rights Industry » [14-11-2012], https://humanrightsinvestigations.org/2012/11/14/amnesty-international-and-the-human-rights-industry/

« Mort de Gaëtan Mootoo : le rapport d’enquête pointe “des défaillances” au sein d’Amnesty », https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/12/04/mort-du-chercheur-gaetan-mootoo-le-rapport-d-enquete-pointe-des-defaillances-au-sein-d-amnesty_5392305_3212.html

Alexander Rubinstein, « Amnesty International’s Troubling Collaboration with UK & US Intelligence », [« La collaboration troublante d’Amnesty International avec les services de renseignement britanniques et américains », 17-01-2019], https://www.mintpressnews.com/amnesty-international-troubling-collaboration-with-uk-us-intelligence/253939/

« La industria humanitaria (I): Amnistía Internacional » [20-03-2019],  http://www.revistalacomuna.com/internacional/industria-humanitaria-i-amnistia-internacional/

[67] La Bolivie possède les secondes réserves de gaz du continent sud-américain, dépassé seulement par le Venezuela. Il détient  les réserves de lithium les plus importantes du monde (35 %) et de vastes ressources en fer, cuivre, étain…Face aux accusations réitérées d’“extractivisme” qui serait l’un des principaux “péchés mortels”, selon certains, de l’’État Plurinational de Bolivie, notamment en ce qui concerne le lithium, on lira l’analyse très pertinente de Maëlle Mariette : «En octobre 2019, un coup d’État a renversé le président bolivien Evo Morales. Alors que le gouvernement de facto promet des élections pour le mois de mars, l’un des projets les plus ambitieux de l’ancien dirigeant semble d’ores et déjà enterré : permettre à la Bolivie de ne pas se contenter d’exporter le lithium dont elle est riche, mais d’en assurer elle-même l’industrialisation » (« En Bolivie, la filière lithium à l’encan (Un projet d’industrie nationale torpillé par le coup d’état) », Le Monde Diplomatique, Janvier 2020, nº790, p. 23). Voir également William Serafino. Le coup qui est venu de l’extérieur : géopolitique et intervention en Bolivie [12-11-2019]. Trad. & Notes. D. Vives Simorra, notes 20 à 24 in https://communismeinfos.org.

[68] https://www.liberation.fr/planete/2019/11/11/bolivie-evo-morales-balaye-son-bilan-enracine_1762807

[69] https://youtu.be/Zyr0brXF9DI

[70] https://www.nuevamujer.com/actualidad/2012/02/21/evo-morales-este-presidente-de-buen-corazon-a-todas-las-ministras-les-quita-el-calzon.html

[71] Dans son tweet du 9 novembre 2019 ; Galindo écrivait « Aux compañeras au niveau international : en Bolivie, il n’y a pas de coup d’état. il y a une désobéissance civile généralisée, une mutinerie policière pour ne pas réprimer le peuple, l’ivresse du pouvoir et la folie furieuse de Morales » [« A las compañeras a nivel internacional: en Bolivia no hay golpe de estado. hay desobediencia civil generalizada, montin policial para no reprimir a la gente y borrachera de poder y extravío de Evo Morales »], https://twitter.com/mujerescreando1/status/1193204786436411394

[72] https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-50014168. Sur María Galindo, on consultera l’article judicieux de Tita Barahona et Ludmila Stepanova Tkach : « Maria Galindo, la “anarcho-feminista” que blanquea el Golpe de la derecha boliviana », qui met au grand jour de ce qu’il faut bien appeler une escoquerie politique sous couvert de révoltes féministes (http://canarias-semanal.org/art/26325/los-cristales-que-una-anarco-feminista-ayudo-a-romper-en-bolivia)

[73] « Este presidente de buen corazón, a todas las ministras les quita el calzón […], nuestro presidente muy pícaro es, solo quiere una y se come a tres […]; nuestro presidente mujeriego es, y cambia de chica en un dos por tres ». Voir « Mujeres se apropian de la copla y dicen lo que quieren con picardía », https://www.lostiempos.com/actualidad/cochabamba/20190303/mujeres-se-apropian-copla-dicen-que-quieren-picardia; https://www.icndiario.com/2012/02/evo-morales-en-carnaval-este-presidente-de-buen-corazon-a-todas-las-ministras-les-quita-el-calzon

[74] https://youtu.be/O2dKcly-PKw

[75] Nous ne nions pas le combat légitime des femmes qui combattent les stéréotypes langagiers machistes et sexistes, encore que la plupart trouvent leur origine actuelle dans les médias dominants. En revanche, il est dommageable pour les mouvements féministes d’ignorer les progrès fondamental de la linguistique Saussure, Benveniste et al), tout spécialement la séparation radicale entre Langue et Parole (ou Discours). Comme l’enseigne les écoles linguistiques qui ont intégré l’héritage de Saussure, il ne peut y avoir de sexisme en Langue. La preuve en est que de nombreux termes traditionnellement reliés à la masculinité sont pourvus en langue d’un genre féminin : une avant-garde, une sentinelle, une autorité, une armée, la domination, la puissance, la compétence, la force, l’influence, la maîtrise, la prééminence etc. On pourrait sur ce terrain multiplier les exemples quelles que soient les langues. En espagnol, il est fréquent par exemple que le féminin induise des sèmes augmentatifs alors que le terme voisin du genre masculin indique une diminution (una cesta/ un cesto : un grand panier/ un petit panier ; una huerta/ un huerto : une grande plaine maraîchère/ un petit champ cultivable. De même, il n’est pas rare que le suffixe –ón, qui entraine invariablement le masculin prenne un tour péjoratif : chillón, llorón, comilón… : criard, pleurnichard, goinfre….. Par ailleurs vouloir féminiser à outrance la Langue risque d’aboutir à des impasses qui aboutiraient à des catastrophes langagières. Va-t-on trouver un féminin “chefesse” pour féminiser “chef”, en oubliant le fâcheux et inévitable rapprochement avec le mot “fesse” ? Faudra-t-il forcer jusqu’à l’absurde les portes de la Langue actuelle pour y réintroduire, comme au Moyen-Âge, une “bourelle” (!) afin de trouver un équivalent féminin au mot “bourreau” sans se soucier de la dialectique subtile entre synchronie et  diachronie  qui fait partie de l’essence même de la Langue? Ajoutons que le genre féminin, du point de vue linguistique de la Langue, n’est nullement en retrait de son homologue masculin Le sexisme ne peut intervenir qu’en discours, dans ce que les personnes font de la langue quand elles décident de telle ou telle combinaison, de telle ou telle mise en phrase. Libre alors aux militantes féministes de dénoncer à juste titre les paroles dégradantes.

[76] « Desde la creación del mundo, Dios era hombre. No quiero pensar por que todos los líderes son del sexo masculino, compañeros no piensen mal de la mujer ya que no todas pero casi todas las mujeres son inferiores a los hombres »

[77] Página 7 cite la phrase attribuée à Evo Morales sans aucune référence, https://www.paginasiete.bo/opinion/guillermo-mariaca-iturri/2019/1/25/el-mas-macho-una-vez-mas-206958.html.

[78] https://eldeber.com.bo/144217_el-voto-rural-y-de-ciudades-intermedias-dan-ventaja-a-evo-al-inicio-de-la-campana. El Deber est le journal le plus vendu et le plus prestigieux de Santa Cruz. Il appartient à la richissime famille des Riveros qui ont fait fortune dans les médias boliviens (presse et TV).

[79] https://www.ouest-france.fr/monde/bolivie/bolivie-la-presidente-auto-proclamee-tente-de-pacifier-le-pays-6609054, https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/bolivie-la-communaute-internationale-met-en-doute-la-reelection-devo-morales-1143184

[80] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/21/elections-en-bolivie-le-president-sortant-morales-en-tete-mais-contraint-a-un-second-tour-inedit_6016260_3210.html;
https://www.lemonde.fr/international/article/2020/02/04/bolivie-l-ancien-president-en-exil-evo-morales-officiellement-candidat-au-senat_6028321_3210.html;
https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/22/en-bolivie-craintes-de-regain-de-tension-avant-les-elections-generales_6026828_3210.html.

[81] https://www.europe1.fr/international/edito-denoncer-un-coup-detat-en-bolivie-cest-comme-sindigner-de-la-mafia-en-sicile-ou-des-greves-a-la-sncf-3930560

[82] https://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/aujourd-hui-nous-pouvons-crier-que-la-bolivie-est-libre-dans-les-rues-de-la-paz-des-milliers-de-boliviens-crient-victoire-apres-la-demission-d-evo-morales_3698105.html

[83] Voir « Bolivie: Ne dites pas «coup d’État », https://blogs.media—-part.fr/lonesome-cowboy/blog/141119/bolivie-ne-dites-pas-coup-detat

[84] Pour ce qui est de la presse écrite, si Le Figaro a traité les tragiques événements au Chili  à sa manière habituelle : en rejetant la faute sur une foule… d’émeutiers qui se livraient au pillage !
 (https://www.lefigaro.fr/international/chili-7-morts-dans-les-emeutes-le-president-declare-le-pays-en-guerre-20191021),
Le Monde et Libération, une fois n’est pas coutume, ont pour leur part rendu un compte prudent de la barbarie meurtrière du gouvernement de Sebastián Piñera. Cependant, les deux périodiques évitent soigneusement de mentionner le soutien que lui apportent massivement les USA de Trump et ses satellites latino-américains du groupe dit de Lima. De même, aucun rappel n’est fait de l’invitation du président chilien au G7 à Biarritz à la fin août 2019 par Monsieur Macron qui semble ou feint d’ignorer que la constitution pinochettiste est toujours en vigueur au Chili et garante de la perpétuation d’un impitoyable ordre néolibéral. On note en passant qu’il s’agissait d’une “première” étant donné que le G7 n’avait jamais accueilli jusque-là un chef d’état chilien
(https://www.lemonde.fr/international/article/2019/12/13/torture-mauvais-traitements-viols-l-onu-denonce-la-repression-des-manifestations-au-chili_6022786_3210.html, https://www.liberation.fr/planete/2019/12/13/chili-un-rapport-de-l-onu-denonce-la-repression-des-manifestations_1769167.
On remarque, encore, l’absence de sanctions de la part de l’Union Européenne, pourtant si prompte à les appliquer quand il s’agit du Nicaragua, du Venezuela ou de la Russie. Il est clair que pour l’eurocratie fascisante, les morts, les blessés, les personnes détenues illégalement au Chili, ne relèvent nullement d’une atteinte majeure aux droits de l’homme.

[85] https://www.huffingtonpost.fr/entry/ce-que-vit-la-bolivie-nest-pas-une-contestation-populaire-mais-un-coup-detat_fr_5dcd2532e4b03a7e029565c9

[86] Le Monde, 18 novembre 2019.

[87] https://www.dw.com/es/oea-recomienda-nuevas-elecciones-con-otro-tribunal-en-bolivia/a-51189320?maca=es-Twitter-sharing&fbclid=IwAR2rUDwYrUgfph1MQm1pUdADu2pY2DM21WngS3b41Myb1AEcxhqz8-wkSac.
Voir à ce propos l’excelente mise au point de Prensa Latina : « Le rapport de l’OEA sur la Bolivie est arbitraire et sans fondement, affirme le Celag, https://www.mondialisation.ca/le-rapport-de-loea-sur-la-bolivie-est-arbitraire-et-sans-fondement-affirme-le-celag/5639001

[88] https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-lavaud/blog/101119/evo-morales-la-complainte-du-coup-d-etat

[89] On pourra lire pour s’en convaincre les brûlots publiés par H. J. Hernández du 28 août, 24 septembre et 5 novembre 2019 dont les titres se passent de commentaires : « No más Evo », « Evo en su peor momento »,  « Evo en el precipicio », https://www.iis.unam.mx/blog/tag/hugo-jose-suarez/

[90] Voir une vidéo de la scène à https://twitter.com/ActualidadRT/status/1194895936524312577

[91] https://www.revueconflits.com/bolivie-evo-morales-elections/#ligne. https://www.causeur.fr/bolivie-la-chute-devo-morales-les-raisons-dune-surprise-170395. Pour mémoire, Conflits a été fondé par Pascal Gauchon, ancien membre d’Ordre Nouveau au début des années 1980 avant de diriger jusqu’en 1981 le Parti (néo-fasciste) des Forces Nouvelles. Grand admirateur des mouvements néo-fascistes italiens, Gauchon a imposé une invariable ligne extrême -droitière à sa publication avec la prétention de devenir une référence majeure pour tout ce qui concerne l’histoire, la géopolitique et les Relations internationales. Il figure aussi parmi les principaux conseillers de L’Institut de Sciences Économiques et Sociales, Économiques et Politiques (ISSEP) que Marion Maréchal Le Pen a créé en 2018.

[92] « La révolte bolivienne entendue » [11-11-2019], https://www.jeunes-socialistes.fr/la-revolte-bolivienne-entendue/à choisir un dirigeant intérimaire, d’organiser de nouvelles élections et de réunir une Bolivie polarisée

[93] https://npa2009.org/actualite/international/solidarite-avec-le-peuple-bolivien-contre-la-furie-de-lextreme-droite

[94] https://www.vie-publique.fr/discours/271778-amelie-de-montchalin-12112019-france-bolivie

[95]https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/bolivie/evenements/article/bolivie-q-r-extrait-du-point-de-presse-14-11-19

[96] https://www.europarl.europa.eu/news/fr/agenda/briefing/2019-11-13/6/les-deputes-debattront-des-derniers-developpements-en-bolivie

[97] « […] transparentes y creíbles », https://www.elperiodico.com/es/internacional/20191118/union-europea-bolivia-elecciones-creibles-7740337

[98] L’abject document est consultable à http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.html.

[99] http://fdgpierrebe.over-blog.com/2019/11/l-opinion-de-maurice-lemoine-sur-la-bolivie-apres-la-demission-d-evo-morales.html

Categories Bolivie / Bolivia

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